Avec son premier roman, Burgundy, Mélanie Michaud revisite son enfance dans le quartier malfamé de Petite-Bourgogne (burgundy), à Montréal, sous forme de souvenirs éparpillés, d’anecdotes parfois troublantes, remplies d’humour noir, de réflexions franches et directes, dans cette autofiction qui nous ramène dans les années 80 et 90. Mélanie Michaud et assurément une nouvelle autrice à découvrir.
Résumé : Nous sommes au milieu des années 80. La petite Mélanie se tient droite devant la misère, la cruauté et l’injustice qui règnent dans son quartier de la Petite-Bourgogne, qu’on appelle « Burgundy ». Avec ses cheveux en bataille et sa moustache de jus de raisin, elle enfile les réparties effrontées et hilarantes. Lorsqu’elle et sa famille déménagent sur la Rive-Sud, Mélanie s’aperçoit bien vite que ses manières de ruelles ne s’accordent pas avec l’art de vivre en banlieue. Dans son nouveau milieu, l’enfant maigrichonne cumule les situations cocasses ; des amers arrière-goûts de sa pauvreté. La route de l’épanouissement est longue.
C’est avec un langage coloré, rythmé et populaire que Mélanie nous présente son univers, sa famille et qu’elle se décrit sans gant blanc ni faux-semblant : « J’étais pas féminine. Je portais des joggings pis les vestes en jean de mon frère ou son K-Way fluo. Je m’habillais à l’Armée du salut…Je n’avais pas ça, moi, des beaux cheveux longs. J’avais une boule frisée sur la tête, un afro de blanche, qu’on disait. C’était lait et toujours emmêlé. J’avais pas ça, moi, un petit minois angélique rehaussé de pommettes ou accompagné de fossettes. Non, j’avais une face haïssable, des dents bizarres pis du fluo de kool-Aid ou de Mr Freeze autour de la bouche. »
Elle nous raconte sa vie riche en claques derrière la tête, en commentaires désobligeants et dégradants, mais pauvre en vocabulaire, en vitamines et en amour. Avec un père sur le BS qui travaille au noir, dort toute la journée et se soûle le reste du temps en leur criant après, la vie n’est certainement pas rose. Par chance, Mélanie aimait lire et se raconter des histoires pour s’évader de sa triste réalité. Et elle n’hésitait pas à voler des livres pour satisfaire son besoin de lire.
J’adore la plume de cette autrice qui utilise le langage populaire, comme Michel Tremblay, un auteur qu’elle a découvert avec plaisir. « Ce qui est fascinant, c’est que les personnages de Michel Tremblay, ils parlent comme nous autres, ben comme moé, ben comme le monde moins frais chié, mettons. Je savais pas pantoute qu’on avait le droit d’écrire de même. Je trouvais ça beau de nous voir dans des livres! ». Et elle a le don de pouvoir décrire des situations, des lieux, de manière très imagée et permettre à ceux qui ont vécu à cette époque, comme moi, de se les remémorer.
J’aime beaucoup aussi que Mélanie incorpore des événements marquants de ces années-là, comme la chute du mur de Berlin, la crise d’Oka, ou encore de ce qui était populaire à cette époque, Gerry Boulet, Lance et compte, Degrassi, etc. Et surtout j’aimais son éveil féministe, ses réflexions sur le rôle des femmes versus celui des hommes, ce qui est attendu de chacun. Et elle le fait avec beaucoup d’humour et de sarcasme, ce qui me plait énormément. «…Les filles devaient faire du ménage, du manger pis toutes ces niaiseries-là pendant que les garçons faisaient rien ou s’amusaient… J’étais découragée de la vulve avant même ma puberté. Je ne comprenais pas en quoi un pénis donnait plus de liberté. En quoi ma fente me renfermait dans des corvées plates… Nos engueulades, à mon père et moi, prenaient des tournures ridicules, des répliques de théâtre d’été : – Pourquoi JE dois faire la vaisselle ? – Parce que t’es une fille! -Crisse! Ç’a pas rapport, je lave pas la vaisselle avec mon vagin ! ».
Bref ce roman est un récit coloré, drôle et brutal pour lequel j’ai eu un réel coup de cœur pour cette nouvelle autrice Mélanie Michaud.
Mélanie Michaud a grandi à Montréal jusqu’à atteindre 5’ 3’’ (1,60 m). Elle a étudié le théâtre et le cinéma et sera tantôt technicienne, scénariste, humoriste, comédienne, etc. (surtout etc.) Mélanie a remporté quelques mentions ici et là et récolté plusieurs souhaits d’anniversaire; son prix le plus prestigieux à ce jour est un coffret Jameson raflé dans un karaoké. Elle n’est membre d’aucune fratrie ou club sélect, ayant quitté la Maison Columbia en 2000. Burgundy est son premier roman.
Prix : 22.95$
Nombre de pages : 198 pages
Date de parution : Août 2020
Éditions La Mèche : https://www.groupecourteechelle.com/la-meche/




























































