Catherine-Anne Toupin frappe fort avec Boîte noire, un thriller dystopique audacieux né de sa résidence d’écriture chez Duceppe. Sous la direction millimétrée de Justin Laramée, cette œuvre de science-fiction plonge tête première dans les dérives de notre époque : de l’obsession pour l’optimisation de soi à la déshumanisation technologique, sans oublier les crises migratoires et les inégalités sociales.
Porté par une scénographie hypnotisante et un quatuor d’acteurs magnétiques, le spectacle s’impose d’emblée comme une réflexion aussi troublante qu’essentielle.

Le prix de la performance : Un futur à deux vitesses
L’intrigue nous parachute dans un futur proche où Éliza Williams, fondatrice de l’entreprise Essor, a mis au point « La boîte ». Cette invention révolutionnaire, née au cœur de la Silicon Valley, promet aux humain·es de s’affranchir de leurs réflexes conditionnés pour enfin « optimiser » leur existence. Pourtant, derrière ce mirage de perfection se cache une réalité brutale : à la frontière, 30 000 réfugié·es s’entassent dans l’espoir d’une vie meilleure.
Parmi eux, Andrés, Tendaji et Laïla s’échinent dix heures par jour à traiter des montagnes de données pour entraîner les algorithmes de cette boîte dite intelligente. La pièce expose avec une lucidité glaçante une vérité universelle : la course vers une humanité hyperperformante ne fera pas que des gagnant·es.
L’excellence de la distribution : Un quatuor sous haute tension
La réussite de cette production repose en grande partie sur l’intensité de ses interprètes, qui parviennent à rendre tangible l’angoisse de ce monde scindé. Catherine-Anne Toupin, habitée, livre une performance nuancée qui oscille entre vulnérabilité et détermination, tandis que Vincent-Guillaume Otis déploie un charisme magnétique, souvent teinté d’une ambiguïté troublante.
À leurs côtés, Victor Andres Trelles Turgeon et Madeleine Sarr apportent une épaisseur humaine vitale, ancrant les thèmes abstraits de la technologie et de l’exil dans une réalité émotionnelle brute. La chimie entre les quatre acteurs crée une tension constante, rendant les affrontements psychologiques aussi captivants que les revirements de l’intrigue.

Une scénographie hypnotisante : La technologie comme personnage
Sous la vision de Justin Laramée, l’espace scénique devient un véritable protagoniste. La scénographie, à la fois épurée et hautement technologique, plonge le spectateur dans une atmosphère immersive qui rappelle les meilleurs récits d’anticipation.
Les jeux de lumières et les dispositifs visuels ne sont pas de simples artifices ; ils matérialisent l’oppression de la performance et le froid clinique d’un monde régi par les algorithmes.
Cette esthétique hypnotisante, presque chirurgicale, renforce le sentiment d’aliénation tout en offrant des tableaux d’une beauté plastique saisissante.
Une œuvre nécessaire et électrisante
En somme, Boîte noire est un cri d’alarme lancé avec intelligence. Catherine-Anne Toupin et son équipe réussissent le pari risqué de marier le grand divertissement technologique à une réflexion sociétale profonde sur l’exploitation humaine, sans jamais sacrifier l’émotion.
On ressort de la salle le souffle court, hanté par ces questions sur notre propre humanité face à une modernité qui semble nous échapper. C’est un rendez-vous théâtral incontournable qui confirme que la science-fiction est le meilleur miroir de notre présent.
Boîte noire – Catherine-Anne Toupin
📍 Présentée chez Duceppe
📅 Du 20 janvier au 21 février 2026
🎟️ Billets et informations : duceppe.com/boite-noire
Photos : Danny Taillon



































































