C’est le 20 mars que le long métrage Dossier 137 réalisé par Dominik Moll prend l’affiche au cinéma, dont le Clap de Sainte-Foy. Le film, sélectionné en compétition au Festival de Cannes 2025 et ayant reçu huit nominations aux César cette année met en vedette Léa Drucker, lauréate du César de la meilleure actrice pour son rôle de l’inspectrice Stéphanie Bertrand. Bien que fiction, cette histoire est nourrie de plusieurs affaires réelles, datant toutes de la même période, l’époque des premières manifestations de Gilets jaunes en décembre 2018 à Paris. Dossier 137, est captivant et troublant à la fois, et nous tient en haleine sur le bout de notre siège du début à la fin. Une performance sublime de Léa Drucker qui incarne l’enquêtrice Stéphanie avec rigueur, finesse et une grande humanité.
Résumé : Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité́. Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.
Je ne suis normalement pas friande d’enquêtes policières, mais étant une grande admiratrice du travail de l’actrice Léa Drucker, je sentais que la bande-annonce de Dossier 137, nous donnait un bon avant-goût du superbe film qui m’attendait.
Je n’ai pas été déçu, car ce film est captivant et troublant du début à la fin. On voit comment se réalisent des enquêtes sur les policiers par des policiers, soutenus par des syndicats et avocats et où l’opinion publique entre aussi en jeu. On voit comment les victimes et les familles de victimes se sentent par rapport à des policiers qui sont soutenus par les autres policiers et syndicats. On voit qu’il n’y a rien de noir ou de blanc que des zones grises dans ce type d’enquête. On voit comment l’enquêtrice doit suivre toutes les procédures et qu’elle a souvent les mains liées à cause de tout cela.
On voit pourquoi la population finit par ne plus croire à la justice et aux policiers. On voit aussi le travail ingrat parfois que doit faire les policiers qui sont mis dans situations difficile pour le maintien de l’ordre et qu’ils sont parfois mis à contribution dans des tâches dont ils n’ont pas été formés. De plus, avec toutes les vidéos partout, ils sont très surveillés. On voit aussi que les policiers corrompus savent bien se défendre et trouvent toujours moyen de s’en sortir, alors que les bons policiers deviennent écoeurés de toujours devoir se justifier.
J’ai adoré le personnage de l’enquêtrice, joué avec aplomb et brio par Léa Drucker. Elle a pu rencontrer des enquêtrices réelles de l’IGPN, qui lui ont dit : les émotions étaient interdites, qu’elles ne pouvaient pas se permettre de les laisser apparaître. Ce qui se passe à l’intérieur doit rester à l’intérieur, que ce soit de l’empathie, de l’agacement, de la frustration. Léa Drucker a assurément réussi à bien dissimuler ses émotions tout en nous montrant son côté humain et sa rigueur.
Le réalisateur Dominik Moll a fait un excellent travail pour nous rendre cette histoire très crédible, par une mise en scène très méticuleuse avec une attention aux détails, et en nous montrant aussi tout le poids de la procédure, la rédaction procès-verbaux et des réquisitions. Tout ce langage technique nous permet de mieux nous imprégner de ce que les enquêteurs vivent.
Comme cette histoire est nourrie de plusieurs événements réels survenus durant les manifestations des Gilets Jaunes en 2018, on y croit totalement, et pour nous au Québec, on n’est pas sans penser à nos diverses manifestations qui ont fait des ravages aussi au fil des années.
On nous montre une situation délicate, d’une famille qui est venue manifester de manière pacifique, mais à travers une foule dont certains sont plus agressifs et imprévisibles. On ajoute à cela, comme dans la vraie vie, des effectifs policiers qui ont été parachutés par le gouvernement, alors qu’ils n’étaient pas formés au maintien de l’ordre, comme la BAC ou la BRI. Il n’est pas surprenant qu’ils aient eu certaines réactions de panique.
Ce qui rend encore plus réelle et crédible cette histoire, c’est de voir les vidéos qui sont utilisés pour tenter de reconstituer les événements. C’est fascinant, mais aussi ardu. Qu’il s’agisse des caméras de surveillance de la préfecture (les PZVP), de caméras de surveillance privées, de vidéos filmées par des journalistes, ou de celles des téléphones des manifestants, tout est utilisé même si parfois, on n’y voit pas tout bien clairement.
On peut voir tous les interrogatoires et comment les enquêteurs doivent faire la part des choses, parmi toutes ces réponses contradictoires et ces policiers qui se protègent entre eux. C’est tout un casse-tête à démêler.
Et finalement, est-ce que justice est rendue ? Est-ce que l’enquêtrice a bien fait son travail ? Est-ce que cette enquête a servi à quelque chose ? L’enquêtrice, au même titre que les policiers, est aussi évaluée par ses supérieurs pour ses actions, ses intentions, ses biais. Je retiens dans tout cela que ces métiers de policiers et d’enquêteurs sont extrêmement difficiles et qu’ils doivent constamment justifier leurs actions et souvent vivre avec l’ingratitude des gens autour d’eux.
Réalisation Dominik Moll
Scénario et dialogues Dominik Moll et Gilles Marchand
Produit par Caroline Benjo, Barbara Letellier, Carole Scotta



























































