Festival de Lanaudière : William Christie et la splendeur baroque !

De la grande visite au Festival de Lanaudière ! Le chef William Christie parfois qualifié de «pape» du baroque était sur la scène de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi soir, avec son célèbre ensemble Les Arts Florissants, pour interpréter une oeuvre de Handel rarement jouée : L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato. Cette «ode pastorale» n’était présentée qu’une seule fois mais, heureusement, le chef d’orchestre poursuit son séjour chez nous et il donnera trois concerts, cette semaine.

Comme on pouvait s’y attendre, il y avait foule à l’Amphithéâtre Fernand Lindsay ! Plusieurs étaient venus de Montréal pour voir en chair et en os Les Arts florissants, ensemble français fondé il y a plus de 40 ans et spécialisé dans la musique baroque. Depuis des décennies, les mélomanes se passionnent pour les enregistrements de cette formation jouant sur instruments d’époque, ainsi que pour son ensemble vocal à géométrie variable.

Jusqu’à la dernière minute, on se demandait si les tracasseries dans les aéroports n’allaient pas miner ce rendez-vous avec ces artistes venus d’outre-mer. Mais non ! À 20h, le directeur de la programmation, Renaud Loranger est monté sur scène pour confirmer que tous étaient là, «miraculeusement» ! Cet avant-dernier soir de juillet 2022 allait donc permettre d’écrire une nouvelle page de l’histoire du Festival.

Le Joyeux et le Pensif

À l’avant-scène, côté droit : Rachel Redmon (soprano) et Nicholas Scott (ténor)
Crédit : Annie Bigras

L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato n’est ni un oratorio, ni un opéra, mais plutôt une grande ode pastorale. Le mot anglais «ode» désigne ici un genre qui serait, en italien, entre la serenata, la cantate et l’oratorio. L’œuvre s’appuie sur deux poèmes de John Milton, L’Allegro, et Il Penseroso, retravaillés  par Charles Jennens, librettiste, entre autres, du Messie de Haendel. Bien que le titre soit en italien, l’oeuvre est chantée en anglais.

On y assiste à un débat imaginaire entre deux personnages allégoriques : le Joyeux et le Pensif qui reflètent les principaux états d’âme entre lesquels oscillent les humains. Enfin, la troisième partie, il Moderato (Le Modéré), propose une sorte de réconciliation des deux tempéraments initiaux. Cet épilogue de Charles Jennens coupe un peu la poire en deux en faisant valoir que l’esprit doit triompher sur les sens, mais qu’il n’est pas souhaitable non plus de se laisser aller uniquement à la mélancolie.

La mise en musique des poèmes est très colorée, ce qui permet à William Christie de mettre en valeur, tour à tour, ses instrumentistes, le choeur et les solistes invités. Si le Joyeux est associé, entre autres, au chant de l’alouette (évoqué aux violons), le Pensif dialogue avec le rossignol dans un air où la soprano, Rachel Redmon, rivalise de virtuosité avec la flûte solo.

Les quelques interventions de la basse, Sreten Manojlovic, sont pétillantes ! Puissance vocale ! Grande présence sur scène ! Quant à Nicholas Scott, ténor rigoureux, il sait aussi faire preuve d’une théâtralité teintée d’humour. Ses éclats de rire chantés (And laughter, holding both his sides) ont si bien amusé le public que William Christie lui a fait reprendre cet air en rappel et le chef s’est amusé en chantant lui aussi quelques «ho! ho! ho! ho!

Un flamboyant Petit chanteur du mont Royal

Anthony Ormsby, soprano et Petit chanteur du Mont-Royal, aux côtés du chef William Christie
Crédit : Annie Bigras

Cela dit, le jeune Anthony Ormsby, Petit Chanteur du Mont-Royal, a volé la vedette à plusieurs reprises avec ses solos. Très décidé, les mains sur les hanches, le garçon à la frêle voix de soprano est à l’aise sur scène, comme un poisson dans l’eau et il ne semblait nullement impressionné par la présence du chef reconnu internationalement. Ce dernier nous a d’ailleurs ramené Anthony en rappel, au grand plaisir de la foule comblée par cette soirée de splendeur baroque.

 

Trois autres concerts avec William Christie

Le 1er août, à la Cathédrale de Joliette, le chef Christie et son ensemble proposent «Les Grands Motets de Charpentier». Au programme, entre autres : Magnificat, H. 77 et Te Deum H. 147.

Le 2 août, William Christie (clavecin) se joint au nouveau violon solo des Arts Florissants, Théotime Langlois de Swarte, pour jouer des oeuvres de Handel, Senaillé et Leclair, à l’église de Sainte-Mélanie.

Enfin, le 3 août, le claveciniste William Christie ainsi que la mezzo-soprano Lea Desandre et le luthiste Thomas Duford  proposent «Airs baroques français et mélodies romantiques» (Charpentier, Lambert, Offenbach, etc.), à l’église de Saint-Norbert.

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