L’Islandais né le jour de la Saint-Valentin de l’an 1984, le pianiste Vikingur Olafsson offrira à la Salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal les 30 et 31 janvier un programme de récital de pure rêverie.
Bach en préambule d’ascension
C’est avec le bref neuvième prélude en mi majeur du premier livre (des deux formant cette Bible musicale essentielle) du Clavier bien tempéré que commencera ce récital manifestement inspiré.
Cette habile mise en bouche ou plutôt cette ascension en ouie évoquera -qui sait? — l’allégresse d’un gamin de 16 ans gambadant le coeur ravi, son corps ceint des prés verdoyants de cette vieille Allemagne du début du XVIIIième siècle baroque !
On l’imagine, en ce seul prélude ravissant, ce Jean-Sébastien de génie fredonnant cet air modulé allant peut-être visiter son ami musicien Georg Philpp Telemann alors qu’il fait entendre en voix de tête cet air qu’accompagnent une multitude d’oiseaux et de papillons multicolores dansant des ailes et butinant les fleurs.
Premier Beethoven magistral
L’opus 90 ou la 27ième sonate pour piano parmi 32 créées par l’illustre Beethoven est imprégnée du même enthousiasme que le prélude d’ouverture du récital (quoique d’humeur changeante comme le tempérament de Ludwig).
L’oeuvre est d’ailleurs marquée en allemand de l’exigence d’animation sentimentale d’un bout à l’autre des 19 pages de musique en trois mouvements dont le second précise avec insistance de ne pas le jouer trop vite et préconise, en plus, de l’animer de façon très chantante.
Schubert comme avec Eric Lu
Je profite de ce que ce génie viennois figure au programme pour vanter l’exceptionnel album de musique de Franz Schubert (1797-1828) que le gagnant du Concours Chopin 2025 Eric Lu a endisqué sur Warner Classics (5054197298127).
Il y joue magistralement la quatorzième sonate D.784 en la mineur et la substantielle vingtième magistrale sonate D.959 de 1828 -aussi l’Allegretto en do mineur D.616. Ce disque est une autre splendeur à acquérir de cet autre pianiste sans véritable égal dans sa génération.
Vikingur Olafsson choisit, lui, pour son récital de janvier, la sonate en mi mineur composée en 1817 éditée un mouvement à la fois, d’abord en 1888, puis 1907, enfin en1928. Des pianistes comme Svjatoslav Richter y ont adjoint un quatrième mouvement de Rondo catalogué D.506. Ainsi, il faudra voir ce que le pianiste islandais en fera.
Beethoven final
La bouleversante sonate opus 109 terminera le récital et ses 21 pages en thème et variations offrent une idéale ambiance conclusive conforme à l’esprit des pièces choisies pour ce récital intimiste. On y percevera sans doute de grandes créatives libertés métronomiques inspirées comme cette sonate en suggère, en pur esprit de méditation presque philosophique.
Vraiment, ce récital est à ne pas rater en ce janvier transi d’espoir de lointain printemps.
Vendredi 30 janvier 2026 à 19 h 30
PROGRAMME
J. S. BACH Prélude en mi majeur, BWV 854
BEETHOVEN Sonate pour piano no 27 en mi mineur, op. 90
J. S. BACH Partita no 6 en mi mineur, BWV 830
SCHUBERT Sonate pour piano en mi mineur, D. 566
BEETHOVEN Sonate pour piano no 30 en mi majeur, op. 109