La dramaturge Amélie Dallaire reprend l’affiche au Théâtre Prospero avec sa plus récente création, Le langage clair. Après le succès de Limbo, elle propose une comédie à la fois absurde et philosophique qui examine notre obsession pour l’ordre face à la complexité des attentes sociales et intimes.
Un bivouac sous haute tension
Tout naît d’un désir simple : une femme souhaite passer une nuit seule en forêt, pour la première fois. Ce qui devait être un face-à-face apaisé avec la nature se transforme rapidement en véritable affaire d’État.
L’entourage s’empare du projet, multiplie les avis, complique chaque décision.
Quels objets apporter ? Comment anticiper les rencontres imprévues ? La forêt réveille-t-elle des peurs ancestrales ? Sous cette avalanche de questions et de précautions, l’esprit de la protagoniste s’embrouille, et la planification bascule dans une confusion totale.
L’art de Dallaire : entre banalité et vertige
Fidèle à la démarche qu’elle a développée notamment aux Écuries et au Prospero, Amélie Dallaire poursuit ici son exploration de la tension entre le flou et le concret.
Son écriture se distingue par un réalisme déstabilisant : elle possède l’art de transformer la trivialité, le choix d’une tente, une liste de matériel, en expérience presque métaphysique. Le quotidien glisse imperceptiblement vers l’étrangeté, créant une atmosphère à la fois familière et légèrement hallucinée.
Son théâtre met aussi en scène une véritable esthétique de l’anxiété.
Inspirée par sa propre attirance pour le chaos, l’autrice expose notre besoin viscéral de structurer nos vies, nos pensées et nos émotions pour ne pas perdre pied. Elle en révèle les mécanismes avec humour, faisant émerger le comique de nos réflexes obsessionnels.
Le titre lui-même oriente la réflexion : Le langage clair interroge la possibilité d’une parole juste. La pièce sonde les complexités de la communication et la difficulté de traduire des sensations diffuses, des peurs et des élans intérieurs en mots précis.
Dallaire façonne un langage qui cherche à nommer l’invisible et qui échoue parfois, révélant justement la fragilité de cet effort.
Une œuvre portée par plusieurs générations
Entourée d’interprètes issus de différentes générations, Louise Bombardier, Raphaëlle Lalande, Lior Maharjan, Marie Reid et Gabriel-Antoine Roy, Amélie Dallaire signe une œuvre à la fois drôle et incisive. Bien au-delà d’une simple histoire de camping, le spectacle s’intéresse à la naissance des idées et à la manière dont nous tentons de maintenir une cohérence minimale dans un monde qui nous échappe constamment.
Photo : © Matthias Lefèvre
Le langage clair
20 janvier – 7 février 2026
Idéation, texte et mise en scène
Amélie Dallaire
Avec
Louise Bombardier
Raphaëlle Lalande
Lior Maharjan
Marie Reid
Gabriel-Antoine Roy



































































