Tangente présente cette semaine dans l’Espace Orange Dulce, une œuvre lumineuse, nécessaire et profondément humaine, Dulce avec Jontae McCrory, Brian Mendez, Chivengi & G Mako. Portée par ce quatuor visionnaire, cette œuvre s’impose comme une méditation vibrante sur la résilience et l’esthétique de la survie.
Les racines : Un héritage de résistance
Pour saisir toute la complexité de Dulce, il est essentiel de comprendre l’origine de la culture ballroom. Ce mouvement est né à Harlem (New York) dans les années 60 et 70, en réaction directe au racisme systémique au sein des concours de drag traditionnels.
Les personnes LGBTQ+ afro-américaines et latinos ont alors créé leurs propres espaces de sécurité : les Balls.
Plus qu’une simple scène pour le voguing ou la mode, le ballroom est devenu une stratégie de survie. C’est là que sont nées les Houses (comme la House of Labeija ou la House of Xtravaganza), agissant comme des familles choisies pour des jeunes souvent rejetés par leur famille biologique. Le ballroom était — et demeure — un lieu où l’on revendique le statut, le glamour et la dignité que la société dominante refuse.
Une esthétique de la reconstruction
Le génie de Dulce réside dans sa capacité à ne pas simplement montrer cet héritage, mais à l’utiliser comme une véritable architecture sociale. On y ressent la force des liens de parenté choisis, transformant la scène en un laboratoire de futurité queer noire. Le spectacle parvient à capturer cette tension fascinante entre la réalité matérielle, parfois brutale, et le rêve, cet espace nécessaire où l’on s’autorise à exister pleinement.
Le désir comme acte politique
Loin des clichés commerciaux, la pièce interroge la désirabilité avec une subtilité rare. Que signifie être désiré dans un monde en ruines ? La réponse apportée par les artistes ne passe pas par les mots, mais par un paysage sensoriel où la joie et la sensualité deviennent des outils de reconstruction.
C’est un travail d’une grande générosité qui ne cherche pas à figer le débat, mais à laisser le désir circuler librement.
Les artisans d’un imaginaire ballroom en mouvement
La force de ce projet repose sur l’alchimie d’un collectif d’artistes ancrés dans la scène montréalaise, mêlant rituels, sons et mouvements :
- Jontae McCrory (iel) : Artiste multidisciplinaire et Kiki Father de la House of Louboutin, iel insuffle à l’œuvre une narration incarnée où la mythologie rencontre la futurité queer noire et le rituel.
- Brian Mendez : Fort d’une formation à l’École de danse contemporaine de Montréal et en street dance, il fait du voguing son langage de prédilection pour explorer l’expression de soi.
- G Mako : DJ haïtien queer basé à Montréal, il crée des expériences kaléidoscopiques en puisant dans les rythmes de la diaspora africaine (house, Afro house, vogue beats).
- Chivengi : Artiste pluridisciplinaire et membre de la scène Kiki, elle combine paysages sonores expérimentaux et R&B introspectif pour encourager l’autoexamen du public.
Un futur en mouvement
Le choix de ne pas offrir de conclusion formelle est sans doute la plus grande force de l’œuvre. En restant suspendue entre le mythe et la réalité, Dulce rend hommage à la persévérance des communautés queers noires qui, enracinées dans une tradition de résistance vieille de plusieurs décennies, continuent de forger leurs propres futurs. Dulce est une célébration de la vie qui jaillit des interstices!
Photo : Anaïs Gilles
Discussion avec les artistes animée par Anaïs Gilles le 21 février
Tangente Espace Orange – Infos et billets
21 février 2026 – 19:00
22 février 2026 – 16:00
Édifice WILDER – 1435, rue De Bleury



























































