À quoi ressemblerait le portrait de notre espèce si nous devions le léguer aux étoiles aujourd’hui ? C’est la prémisse fascinante de BOUÉE, le nouveau projet de l’auteur.rice acadienne Céleste Godin présenté à Espace Libre. Dans une relecture moderne et délicieusement cynique des sondes Voyager de 1977, un groupe de scientifiques s’affaire à concocter une nouvelle capsule temporelle. Mais derrière l’exercice technique se cache une quête existentielle bouleversante : sommes-nous encore capables de nous définir sans nous perdre ?
Une odyssée de l’absurde
Le texte de Godin brille par son humour décalé et sa lucidité tranchante. En sondant les abysses du cosmos, le spectacle interroge surtout nos propres gouffres intérieurs. Les questions fusent, vertigineuses : si nous sommes entourés de vie, pourquoi ce sentiment de solitude chronique nous colle-t-il à la peau ? La mise en scène de Marc-André Charron embrasse magnifiquement cet « espace absurde » entre nos petites angoisses de bureau et l’immensité des galaxies.
Une esthétique rétro-futuriste réussie
La force de BOUÉE réside également dans sa signature visuelle et sonore. La scénographie, ignée John Doucet, elle crée un environnement à la fois clinique et poétique, propice à cette introspection collective.
La composition de Xavier Richard et Katrine Noël est un coup de génie organique. Faire cohabiter la nostalgie pixelisée du son 8-bit avec la mélancolie profonde de ballades à la Patsy Cline souligne parfaitement le décalage temporel et émotionnel du projet.
Les projections d’Angie Richard et les lumières de Claire Seyller et Hyacinthe Raimbault finissent d’immerger le public dans ce huis clos spatial.

Un ensemble habité
Porté par une distribution solide (Ludger Beaulieu, Florence Brunet, Philip André Collette, Franziska Glen, Katrine Noël et Carlo Weka), le spectacle évite le piège de la froideur scientifique. Les interprètes insufflent une humanité vibrante à ces chercheurs de sens, rendant leurs doutes sur l’altérité et l’existence d’une « autre Terre » profondément touchants.
Au final, BOUÉE réussit l’impossible : transformer le vide intersidéral en un miroir chaleureux. Entre l’absurde de nos vies minuscules et la grandeur du cosmos, Céleste Godin signe une partition brillante sur notre besoin viscéral de connexion.
On en ressort avec cette certitude fragile : si nous sommes perdus dans l’immensité, c’est au moins ensemble que nous dérivons. Un voyage dont on revient changé, les pieds sur terre, mais le cœur définitivement tourné vers les étoiles!
Espace Libre
Jusqu’au 21 février
1945 rue Fullum, Montréal, (QC), H2K 3N3
Billetterie : 514 521-4191
www.espacelibre.qc.ca



























































