Connaissez-vous le jeu de la boulette, imaginé et mis en scène par Nicolas Gendron ? Voici, en arrivant au théâtre La Chapelle, on vous remet un morceau de papier sur lequel vous inscrivez le nom d’une personnalité présente dans l’actualité. Vous roulez votre papier en boulette et le déposez dans un chapeau, où pigerons six comédiens répartis en deux équipes.
Celui ou celle qui pige le nom doit d’abord connaître la personnalité, puis la décrire sans la nommer, mais de façon à ce que son équipe puisse rapidement l’identifier. Pas de problèmes quand il s’agit de reconnaître un chanteur ou une vedette de la télé, mais voilà qu’un comédien pige le nom de Nietzsche. Ne sachant pas du tout de qui il s’agit, il accuse un membre de l’équipe adverse d’avoir délibérément écrit ce nom que «la moitié du monde ne connaît pas!» Peut-être, mais il y a sans doute aussi la moitié du monde qui le connaît, lui réplique-t-on sur le plateau. Quiconque a un peu de culture sait qu’il s’agit d’un philosophe fait-on valoir. Et bien moi je suis sur Internet tous les jours et je n’en n’ai jamais entendu parlé ! Voilà un point de départ à toute une réflexion sur la culture et la condescendance, mais aussi sur le mépris de la culture pour justifier son ignorance.

Photo de Marc-Yvan Coulombe
Avec ses comparses, dont Sylvio Arriola, (Ruptures, Testé sur des humains) et Marie Eve Morency (Un tueur si proche, Ti-mé show), Gendron scrute l’actualité des derniers mois et on traduit, sur scène, des questionnements et malaises qu’elle suscite. C’est ainsi que, d’entrée de jeu, un crucifix accroché au mur soulève un débat. Même si plusieurs de ses collègues n’y voient aucun inconvénient, l’une des comédiennes ira chercher un escabeau pour faire disparaître ce signe religieux.
L’actualité en chiffres
Le simple fait de voir les chiffres de l’actualité des dernières semaines, projetés pêle-mêle au mur, reflète bien notre époque. Exemples ? Après le chiffre 251 qui serait le nombre de fusillades survenues durant les 216 premiers jours de l’année aux États-Unis, on passe à 1 652 339; il s’agit cette fois du nombre de vues sur YouTube du vidéoclip «Coton ouaté» du groupe québécois Bleu Jeans Bleu. On rit… un peu jaune.
Des commentateurs au tordeur
On présente aussi des extraits de commentateurs de l’actualité dont Sophie Durocher, Gilles Proulx, Luc Ferrandez, etc. sous la forme d’un cours où les élèves doivent repérer les sophismes et autres écrans de fumée, auxquels ces personnalités auraient recours. Bien sûr, on sent les partis pris mais, en général, on reste sur le ton de l’humour, sauf lorsqu’une simple citoyenne, invitée à prendre la parole, nous explique longuement pourquoi elle s’oppose farouchement à la loi sur la laïcité
On pousse le jeu des vérités jusqu’à nous demander de voter à main levée sur différents sujets, quitte à être dans un camp minoritaire. Pour ou contre le Publisac ? Pour ou contre Catherine Dorion ? Pour ou contre le nucléaire ? «Ça dépend de quoi on parle», soulève une spectatrice. «S’il s’agit de médecine nucléaire, je suis d’accord, car j’en ai moi-même bénéficié!» Cette question imprécise et réductrice est retirée !
Bref, Oh, la boulette!, c’est un peu comme un party où l’on écouterait les nouvelles en groupe, en se faisant rappeler qu’il y a généralement plusieurs façons de voir les choses. On sait que l’actualité sera chargée au cours des prochaines semaines, avec entre autres, les élections fédérales. Le prochain Oh, la boulette! sera donc sans doute très consistant, au Théâtre La Chapelle, le 1er décembre.
Oh, la boulette !
Idéateur et metteur en scène : Nicolas Gendron
Un spectacle de : Sylvio Arriola, Maxime Beauregard-Martin, Marie-Claude D’Orazio, Nicolas Gendron, Danielle Le Saux-Farmer, Marie Eve Morency, Lila Mourmant, Christophe Payeur et Alex Trahan
Le troisième spectacle d’une série de quatre était présenté au théâtre La Chapelle, le 18 septembre 2019.




























































