« Je bande by the way. Je sais pas pourquoi je vous dis ça. Super bizarre… c’était pas dans le texte, mon erreur. Je me suis dit, il y a des journalistes, on va envoyer la vraie information. Si la critique pouvait être “Tommy dure une heure et quart”, ça ferait du bien à mon estime. »
Ton vœu est exaucé, cher Tommy. Parce qu’honnêtement, pourquoi ne voudrait-on pas lui faire plaisir ? Le jeune humoriste possède cette présence chaleureuse et cette bonhomie naturelle qui font rapidement tomber les barrières entre la scène et la salle. À la fin de son spectacle Les fleurs poussent encore présenté en grande première au Gesù mardi dernier où il se livre sans gêne, on se surprend presque à vouloir lui faire un câlin.
Une première partie qui met la table
En première partie du spectacle de Tommy Néron, l’humoriste Louis Girard-Bock s’est chargé de « mettre la table » avec un numéro à la fois décontracté et bien ficelé. Dès son entrée, il impose un ton complice, assumant avec un sourire en coin son rôle d’échauffeur de salle tout en déroulant un monologue nourri de son vécu.
Girard-Bock enchaîne les réflexions sur son déménagement de Gatineau à Montréal et la nostalgie inattendue du confort maternel : la maison parfaitement isolée, l’air climatisé central ou encore les plantes luxuriantes que son appartement… n’offre pas. « Ça coûte cher des plantes ! J’ai pas le budget. Les plantes sur le bord de ma fenêtre dans mon appartement sont toutes petites, sont minuscules. C’est des taches, c’est comme du moisi. Toutes mes plantes sont dans la salle de bain. Mais j’en prends soin ». Ces drôles de comparaisons entre son modeste appartement montréalais et le confort de la maison de sa mère crée une proximité immédiate avec le public.

Une première partie efficace, portée par un sens de l’observation bien aiguisé, l’œil narquois, et une assurance scénique qui laisse entrevoir un humoriste déjà bien en contrôle de son univers. On a hâte de voir la suite.
Une présence qui rassemble
Dans la même veine, lorsque Tommy Néron prend la scène, le lien avec la salle s’établit presque instantanément. Sourire franc, ton direct, énergie bienveillante : il adopte un style qui privilégie la connexion et la conversation.
Au départ, il s’amuse des petites absurdités contemporaines : les pourboires au… Subway – hey on l’a fait ensemble ce sandwich-là ! – l’accumulation étrange de sacs réutilisables ou les recettes « simples et faciles » sur le web qui nécessitent une liste d’ingrédients interminable. Sans parler des coachs de vie.
Néron joue habilement avec ces contradictions banales de la vie moderne. Derrière la blague, il pose souvent une question implicite : pourquoi fait-on certaines choses sans trop savoir pourquoi ? Cette posture légèrement philosophique nourrit le spectacle sans ralentir le rire. Il faut savoir qu’à la base, Tommy Néron voulait être philosophe. « Mais ya pu de job là-dedans ! ». Le voilà donc avec son plan B : humoriste. Dommage ? Non. Il philosophe quand même, tout en nous déridant. Win-win.

Des souvenirs de pauvreté qu’il chérit
Le spectacle prend une tournure plus personnelle lorsqu’il replonge dans ses souvenirs d’enfance; des histoires de famille racontées avec tendresse et autodérision. Les émotions de son père, les dates de sa mère (auxquelles il assistait faute de sous pour la gardienne), première confrontation avec la mort ou les petites humiliations de l’enfance révèlent une capacité à transformer le traumatisme ou l’inconfort en humour, tout en donnant une profondeur inattendue à ses récits. Néron y trouve un matériau comique riche et authentique qui lui permet de se connecter aux autres et de partager une vulnérabilité, tout en soulignant l’absurdité de certaines conventions sociales.
Derrière les punchs, une sensibilité plus introspective apparaît : l’anxiété, la thérapie, les incertitudes de l’âge adulte. Ces thèmes, l’humoriste les transforme en récits comiques qui permettent de dédramatiser et d’humaniser ses expériences. Mais qui font réfléchir. Surtout en contraste évident avec Louis Girard-Bock, qui vient d’un milieu totalement opposé.
Un humoriste bien ancré dans sa génération
Si cette première médiatique marque une étape importante, Néron n’arrive pas pour autant de nulle part. Diplômé de École nationale de l’humour en 2021 (la même cohorte que Louis Girard-Bock), il a rapidement multiplié les apparitions sur les scènes d’humour québécoises au cours des dernières années. Comme plusieurs humoristes de sa génération, il a aussi développé une présence remarquée sur les réseaux sociaux, où ses capsules humoristiques lui ont permis de rejoindre un public bien au-delà des salles. Cette visibilité numérique a contribué à élargir son audience (près de 200 000 followers), mais c’est clairement sur scène que son humour prend toute son ampleur.

Une nouvelle vague d’humoristes
Dans ce paysage foisonnant de l’humour québécois, Tommy Néron se démarque. Authentique, sensible, et franchement drôle, sa façon de divaguer entre réalisme et décalage lui donne déjà une signature reconnaissable. Dans une saison où plusieurs humoristes émergents prennent d’assaut les scènes de la métropole, la soirée a surtout rappelé une chose simple : quand le ton est juste et la présence sincère, l’humour peut encore offrir cette parenthèse bienvenue où l’on oublie le reste du monde… pour se concentrer sur nous.
La tournée commence
Une vingtaine de dates annoncées l’amènera un peu partout au Québec au cours des prochains mois, notamment à Varennes, Granby, dans la ville de Québec, Alma, etc. Les billets sont en vente ici.
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Mise en scène : Laurent Paquin
Script-édition : Korine Côté
Photos : Mylène Salvas



























































