Zaz lui va bien car le son de son nom évoque non seulement la joie de vivre, mais aussi le mouvement, le rythme, la différence et l’émotion. À Montréal, dans un Centre Bell rempli de 10 000 fans dont étonnamment plusieurs enfants, quand la chanteuse française a franchi le rideau, le rêve a commencé.
La femme de coeur instinctive s’est mise à vibrer au rythme de Si c’était à refaire, une chanson qui définit la battante qu’elle est. Elle ne s’exprime pas qu’avec les paroles et la musique mais aussi comme une boxeuse car son corps tout entier participe au rythme et à l’émotion. Genoux en l’air qui battent la mesure autant que les bras, les mains, la tête, le corps. Zaz est une acrobate sur scène: elle tourbillonne, sautille, virevolte, s’agenouille, s’accroupit, et chante en gardant toujours son souffle. Sa silhouette coupée au couteau lui permet de porter de magnifiques robes moulées courtes à motifs colorés et sauvages comme elle. Puis il y a ces bottillons qu’elle chausse et qui rappellent ceux et celles qui se démènent dans l’arène.

L’attrait est certes dans le choix de ses sujets sensibles: l’amour, le désir d’enfanter, l’authenticité, la terre, la solitude, la joie, la peine mais le charisme vient de cette pétillante personnalité, sans fard, à la merci du prochain abandon, encore possédée par cet émerveillement propre à l’enfance. Sa voix puissante et cassée, ses effets de gazou et ses étonnants scats sont des flèches directes au coeur de son public de qui elle est très proche, elle qui comme Piaf a fait ses classes dans les rues de Paris. De plus, les fonds de scène, sertis dans une arche, sont si majestueux et en accord avec la thématique des chansons qu’ils sont un personnage en soi.
Zaz incarne un modèle de femmes trentenaires de sa génération. Le succès quand on s’y met et qu’on se donne le droit de l’obtenir est à portée de main même vulnérable, même en restant soi-même. Elle chantera bien sûr, Je veux, l’opus très attendu avec lequel elle a brisé le plafond de verre en Europe il y a bientôt 10 ans. Mais aussi des vers d’oreilles comme Que vendra (dont le clip a été tourné à Cuba), Si jamais j’oublie, et que dire de Demain c’est toi, J’aime j’aime et Laponie, aussi tiré de son dernier album à succès Effet miroir. Puis il y a Ma valse qu’elle a écrite d’un trait aux petites heures du matin et qui « lie tout à l’intérieur », dira-t-elle émue et fière.
Entourée de ses musiciens façon unplugged (contrebasse, xylophone, guitare et basse), elle aura son moment jazz au devant de la scène avec entre autres Comme ci, comme ça et Oublie Loulou (1953) de Charles Aznavour avec qui elle avait enregistré l’incontournable J’aime Paris au mois de mai en 2014. Elle s’amusera avec ces grands gaillards dont l’excellent guitariste aux magnifiques dreadlocks. Elle en décoiffera un au passage et, agenouillée sur scène, elle mordillera les mollets d’un autre, pour finalement démontrer sa dextérité aux balais sur la batterie jazz.
Au zénith de sa carrière, le spectacle à grand déploiement que Zaz offre avec une immense générosité, témoigne que cette artiste multi-style, de la ballade, au folk, à la soul et au jazz, a maintenant une carrière internationale. Hier c’était en Russie, au Japon, et à New York et demain ce sera à Londres.
Après son rappel, lumières allumées au Centre Bell, musiciens en coulisse, une poignée de fans au parterre, Zaz est bien humblement venue saluer le public qui ne partait plus, donner les poignées de main, remercier mille fois jusqu’à ce qu’un homme de main la saisisse à bras-le-corps avec amusement pour la sortir de scène!!!! Zaz l’authentique !




























































