Le Maître — tel que le surnomment ses milliers de disciples — a relevé un pari audacieux cette semaine : revisiter son univers musical en compagnie de l’Orchestre Symphonique de Montréal. Un véritable tour de force quand on connaît le trac de l’artiste à l’idée de tenir la tête d’affiche sur scène.
Séduit par la proposition de l’OSM, François Pérusse a d’abord accepté deux concerts. Devant l’engouement fulgurant du public, deux supplémentaires se sont ajoutées. Nous avons assisté à deux d’entre elles et l’expérience valait amplement l’attente.
Un public à l’image de son œuvre
Lors de ces deux soirées, la première chose qui étonne est la bigarrure du public. De l’adolescent à la tête blanche, on était loin des jeunes quinquagénaires pris dans le passé. Il faut dire que François Pérusse sévit depuis le 4 septembre 1990, jour où sa première capsule fût entendue sur les ondes de CKOI. Instantanément, la popularité de l’artiste est montée en flèche; Pérusse traverse les générations sans jamais perdre sa pertinence. Cette longévité explique l’attachement palpable qui vibrait dans la Maison symphonique.
Médias contre fans
La foule de la première représentation était peut-être plutôt médiatique et laissait François s’exécuter; à part peut-être notre voisine d’en arrière, qui, telle la ptite stool dans la salle qu’yarrête pas de tout’ conter les punchs, enterrait le principal acteur de la soirée. Toutefois, à notre deuxième passage, c’est toute la salle qui chantait les refrains devenus cultes. Amusant certes, mais déplaisant aussi, puisque François a dû faire un travail colossal pour pouvoir nous chanter son œuvre. On veut l’entendre.
Car contrairement à nous, qui avons usé les cassettes et les CD, François, lui, a enregistré ces pièces une fois… avant de les laisser vivre leur vie pendant des décennies. Pour la scène, il a dû les réapprendre. Et il l’a fait avec un sérieux impressionnant. Il a non seulement été capable d’enligner les paroles, mais surtout de reproduire ses phonèmes. Il turlute comme pas un et s’approche dangereusement de la version à plusieurs pistes et prises couchées sur le ruban de l’époque. Franchement étonnant.
Entouré de quelques invités
Pour s’aider dans les tonalités plus hautes — il avouera avoir trafiqué certaines voix en studio, déclenchant l’hilarité générale — l’humoriste s’est entouré de Mara Tremblay et Marie-Pier Arthur comme choristes. Un choix judicieux, tant pour la justesse que pour la couleur vocale.
Mais on comprendra moins l’ajout de Breen Leboeuf, ou de Scott le contrebassiste qui viendra chanter Black Cat de Gentle Giant. On sent que François Pérusse s’est fait plaisir là-dessus, étant un grand fan du chanteur québécois et de rock progressif, en plus d’inviter ses deux fils à se produire l’un à la batterie, l’autre à la basse. Mais on aurait pris encore plus des œuvres musicales du Maître, il y en a tant !
Toutefois, ne regrettons rien, c’est quand même une grande liste que nous a offert le spécialiste du calembour.

Quand l’OSM joue « La guédille »
Qui aurait cru entendre un jour « Le siffleux », « Ma chérie » ou « La guédille » magnifiés par un orchestre symphonique ? L’arrangement orchestral donne une ampleur inattendue à ces pièces humoristiques, révélant la finesse musicale souvent éclipsée par le rire. Étonnant.
On aura aussi eu droit à notre grand plaisir à du nouveau matériel lors de ces représentations à la Maison Symphonique. On nous a offert une capsule du gars qui magasine au tout début du spectacle et François chantera quelques jingles publicitaires pendant le pas-d’entracte. Du pur bonbon pour les fidèles.
Les musiciens parlent !
Finalement, autre chose que le Maître fait différemment; jamais à tous nos concerts symphoniques avons-nous eu droit à une quelconque interaction avec les musiciens. François en est un, il aime la musique, il aime les musiciens. Il dialoguera donc avec certains d’entre eux qui ont bien voulu se prêter au jeu. L’organiste, la harpiste, le percussionniste, le bassoniste qui nous offrirons leur air de prédilection… ou pas.
Au final, ces concerts à la Maison symphonique auront démontré une chose : derrière le roi du calembour se cache un musicien rigoureux, passionné et étonnamment généreux. Pour tout ça, merci Francois !





























































