Dans le silence feutré de l’Agora de la danse, là où l’intime rejoint l’universel, SQUAT, la nouvelle installation chorégraphique de Kim-Sanh Châu, s’impose comme une expérience tellurique. Loin des artifices de la verticalité classique, l’œuvre choisit de sonder les profondeurs, là où le corps rencontre la terre.
Portrait de la créatrice
Artiste pluridisciplinaire basée à Montréal, Kim-Sanh Châu déploie une pratique aux confins de la danse contemporaine, de l’installation et du cinéma. D’origine franco-vietnamienne, elle explore les mémoires incarnées et les processus de décolonisation du corps. Ses créations, coproduites par l’Agora de la danse, envisagent la chorégraphie comme une « cartographie intime » où la vulnérabilité devient une force d’insurrection silencieuse.
Un quatuor de corps-matières
Sur scène, la puissance de l’œuvre repose sur la présence magnétique de quatre interprètes d’exception : Alida Esmail, Kim-Sanh Châu, Louise Michel Jackson et Winnie Ho. Ensemble, elles forment une géographie mouvante où les corps ne sont plus des îles isolées, mais des reliefs d’un territoire en pleine mutation.
L’esthétique de l’effort est magnifiée par le travail de Jon Cleveland (éclairages et direction technique), qui sculpte l’ombre et la lumière pour souligner la musculature et le grain de la peau. L’atmosphère sonore, signée Hazy Montagne Mystique (Chittakone Baccam), enveloppe le quatuor d’une nappe vibrante, rendant palpables les forces invisibles qui traversent le plateau.
La résistance par l’ancrage : Le Squat
Dans cette installation, le motif central du squat, posture accroupie et exercice d’une exigence athlétique, est détourné de sa fonction utilitaire pour devenir un manifeste. En s’accroupissant, les interprètes ne s’abaissent pas: elles s’enracinent.
La tension est organique. On ressent l’exigence physique de cet ancrage, cette lutte silencieuse contre la gravité où chaque fibre musculaire semble affirmer sa volonté d’exister. Sous l’œil attentif de l’équipe artistique, notamment Hanako Hoshimi-Caines (dramaturgie) et Caro Morcos (assistant chorégraphe), le mouvement devient une quête de délivrance. Chaque posture, soutenue par les costumes de Sophie Le-Phat Ho, transforme l’effort en une marche vers la résilience.
Une géographie du soutien
Ce qui bouleverse, c’est la solidarité qui émane du groupe. L’oscillation entre la tension extrême et le lâcher-prise crée un rythme respiratoire qui contamine le spectateur.
« La fragilité n’est plus une faille, mais une vertu cardinale de résistance. »
En acceptant de vaciller, les performeuses transforment leur chair en une matière malléable. Le soutien mutuel devient une nécessité structurelle : pour ne pas tomber, il faut devenir un pilier pour l’autre.
En bref
Squat est une pièce d’une beauté texturée, portée par une équipe dont la synergie est évidente. Kim-Sanh Châu nous y rappelle que pour s’élever, il faut d’abord accepter de peser. Une ode magistrale à la sororité et à la réappropriation du corps par le sol.
18, 19, 20 mars – 19 H
21 mars – 16 H
Durée : 60 minutes
Photos : David Wong




























































