Samedi soir, la majestueuse Salle Wilfrid-Pelletier accueillait une rencontre prometteuse entre le métal et musique orchestrale. Sur scène, le groupe hommage québécois AnesthesiA s’associait à l’Orchestre FILMharmonique sous la direction du chef Olivier Hébert pour revisiter le répertoire de Metallica dans une formule inspirée du mythique projet S&M (Symphony and Metallica).
Formé de musiciens plus que chevronnés – dont François Laverdière (chanteur-guitariste), Anthony Hadjedj (guitariste), Christian Labonté (basse) et Éric Leblond (batterie) – AnesthesiA s’est forgé une solide réputation au Québec avec un spectacle qui fusionne la puissance du heavy metal et la richesse d’un orchestre symphonique.
Avec l’Orchestre FILMharmonique, la formation revisite les classiques couvrant la période marquante de 1983 à 1999, des débuts de Kill ‘Em All jusqu’au projet symphonique S&M. Seul l’album Load sera mis de côté, malmené par la critique et les fans à l’époque.




Déjà fini ?
La générosité du spectacle mérite d’être soulignée. Avec 18 chansons au programme et plus de deux heures de musique, la soirée offrait un véritable marathon métallique à un public visiblement ravi de replonger dans cette période phare du groupe.
Et malgré cette durée généreuse, le temps a filé à la vitesse de l’éclair, signe que l’énergie sur scène et l’enthousiasme dans la salle ne laissaient que peu de place à l’ennui. Plusieurs semblaient interloqués peu avant 22 heures : « C’est déjà fini ?« .
Le programme de la soirée proposait un véritable survol de cette époque charnière : For Whom the Bell Tolls, Master of Puppets, The Memory Remains, Nothing Else Matters, Seek and Destroy ou encore Enter Sandman.
Autant de pièces accueillies avec enthousiasme par un public manifestement conquis, le tout débutant en force avec cette reprise du succès d’Enrico Morricone Ecstasy of gold qui débute aussi le projet symphonique S&M.
Hypnotisation, contemplation et… handbanging !
Dans la salle, les réactions variaient. Certains vivaient l’expérience les yeux fermés, comme absorbés par la mémoire musicale que ces morceaux évoquent. D’autres extériorisaient leur plaisir de manière plus physique, la tête hochant instinctivement au rythme de la grosse caisse, l’index et l’auriculaire levés bien haut dans les airs.
Sur scène, AnesthesiA a offert une prestation solide. Les guitaristes ont captivé plusieurs spectateurs par leur virtuosité; leurs doigts glissaient sur les frettes avec une aisance impressionnante, presque hypnotique à observer, tout comme Kirk Hammett, spécialiste des solos impossibles du groupe californien. Sans oublier la performance du batteur, qui déployait suffisamment d’énergie pour soutenir la mécanique implacable du répertoire.
La mise en scène proposait également quelques projections vidéo sur les écrans latéraux, notamment pendant One et Welcome Home (Sanitarium). Des images qui accompagnaient l’atmosphère dramatique de ces pièces, même si plusieurs spectateurs – envoûtés par la performance des musiciens – ne les ont probablement aperçues qu’en périphérie.

Entre magie et déséquilibre
Pour ceux venus chercher la dimension symphonique, les moments les plus réussis se trouvaient toutefois ailleurs : dans les introductions.
Lorsque l’orchestre pouvait respirer et installer l’atmosphère, souvent accompagné de guitares plus retenues, la fusion prenait véritablement forme et la rencontre entre les deux univers devenait réellement palpable. Les cordes se déployaient, les textures s’enrichissaient et l’on percevait enfin la promesse d’un véritable dialogue entre métal et musique symphonique.
Ces instants étaient magnifiques. Mais trop courts.
Dès que les chansons entraient dans leur pleine puissance, la balance sonore basculait systématiquement. La batterie et les guitares saturées reprenaient toute la place, reléguant les violons et autres instruments à vent au second plan. Un phénomène fréquent dans ce type de spectacle hybride : le rock amplifié domine naturellement l’espace acoustique.
On en venait presque à souhaiter que tout le concert conserve la délicatesse de ces introductions orchestrales, ce fragile équilibre entre cordes et guitares.
Cela n’enlève toutefois rien au plaisir général de la soirée. Pour les amateurs du groupe, ce spectacle demeure une expérience particulièrement réussie, généreuse et énergique, qui rend hommage avec conviction à l’un des catalogues les plus puissants du métal.
Ailleurs au Québec
Les aficionados qui auraient manqué cette prestation auront d’ailleurs d’autres occasions de la découvrir : deux autres concerts sont prévus le 28 mars 2026 au Théâtre du Casino du Lac-Leamy et le 11 juillet 2026 au Théâtre Gilles-Vigneault.
Les billets sont disponibles ici.
Photos : Mylène Salvas



























































