C’est une sorte de rave en hommage à la résilience qui se joue au Théâtre Aux Écuries, alors que le collectif Castel Blast y va d’une proposition presque ensorcelante ! D’entrée de jeu, la comédienne et metteure en scène Andrea Ubal Rodríguez vient raconter l’histoire d’une femme qui, accablée par la famine et la pauvreté qui sévissaient à Strasbourg au début du XVIe siècle, en est venue à jeter son nourrisson dans la rivière. En état de choc, elle se met alors à danser, sans savoir pourquoi. Comme il n’y a vraisemblablement pas de mots assez forts pour dire son chagrin, elle laisse son corps exprimer ce qu’elle ressent. Progressivement, d’autres viennent la rejoindre et ils sont bientôt des dizaines, puis des centaines à danser jour et nuit sans relâche, parce que leur désespoir est si grand que seuls leurs corps peut en témoigner. On dit que ce défoulement collectif appelé manie dansante a duré deux mois !

Entrer dans la danse
Les 12 artistes de Castel Blast commencent alors à bouger. 500 ans après la famine de Strasbourg, ils vont danser en écho à l’indignation actuelle devant les injustices de toutes sortes. Invités à en faire autant, des spectateurs de tous âges ne se sont pas fait prier pour sauter sur la piste de danse, en ce soir de première, comme quoi la soif de rassemblement demeure. Plus la soirée avançait, plus on voyait des spectateurs quitter leurs sièges pour céder à leur tour à la manie dansante. Il faut dire que la DJ Ourielle Auvé (Ouri), aidée par la conception lumière de Gonzalo Soldi, ne recule devant rien pour enflammer les bassins, allant jusqu’à remixer un vieux tube de la défunte, Whitney Houston: «It’s not right but it’s okay». On offre même des bouchons à ceux qui ont les oreilles sensibles.
À un certain moment, des membres du collectif prennent la parole et vantent la sincérité de «Nos corps» indomptables. Pendant que la musique continue, on fait l’éloge de notre besoin d’être ensemble, en rappelant que «nos corps ne sont pas des barricades».
Exutoire, ou pur plaisir, toute cette énergie des danseurs, déployée durant 1 heure 45 minutes et ponctuée de textes percutants, devient un hommage à la beauté d’être vivant. Pas banal !
Nos corps
Production : Castel Blast
Création collective :Olivia Sofia, Leo Loisel , Guillaume Rémus, Gonzalo Soldi, Chloé Gagné Dion, Ourielle Auvé, Simon Chioini, Pamela Gómez Widman, Pénélope Gromko, Laury Nial, Thomas Mundinger, David Emmanuel Jauniaux, Brontë Poiré-Prest, Jérémie Jacob, Jérémie Brassard, Audray Julien, Lyndz Dantiste, Roxane Azzaria, Andrea Ubal Rodríguez
Théâtre Aux Écuries, jusqu’au 13 avril
Crédit photo : Karel Chladek




























































