Salebarbes est un véritable phénomène, et c’est ce que j’essaierai de décrire et, en quelque sorte, d’analyser pour vous. Plusieurs pensaient que le groupe acadien connaîtrait un succès éphémère. Et pourtant… Décrit comme « un groupe musical québéco-acadien formé en 2019 qui propulse la musique traditionnelle acadienne et cajun avec une énergie rock et festive », Salebarbes et ses cinq membres, Éloi Painchaud, son frère Jonathan, Jean-François Breau, George Belliveau et Kevin McIntyre, font la pluie et le beau temps à guichets fermés partout où ils se produisent. Cette fois, c’était à Saint-Jérôme, dans la très belle salle du Théâtre Gilles-Vigneault: les quatre soirs consécutifs se sont vendus en quelques heures seulement.
L’origine du nom viendrait d’un clin d’œil historique : sur les vaisseaux du roi de France, la salebarbe désignait la pièce où l’on entreposait la poudre et les munitions; ce serait aussi un petit filet de pêche traditionnel des Îles-de-la-Madeleine.
Originaires du Nouveau-Brunswick et des Îles-de-la-Madeleine, les musiciens se présentent devant nous en mettant de l’avant des violons, de l’humour et une forte dose de fierté francophone, même si, à la fin du spectacle, Jonathan Painchaud a lancé la boutade : « Chanter en français, il faut le dire vite. »

C’est qu’il n’est pas évident de saisir les paroles de leurs chansons, entre l’accent acadien et une fougue musicale communicative. Et savez-vous quoi? Ça n’a pas d’importance. Le groupe ne se veut pas le porte-étendard du folklore acadien, mais plutôt celui d’un bonheur de vivre et de faire la fête à la façon acadienne. Et « Good Lord » que c’est réussi!
« Chanter en français, il faut le dire vite. »
Jonathan Painchaud
J’ai eu le privilège de voir Salebarbes pour la première fois en octobre 2025, avec l’Orchestre symphonique de Montréal, et le groupe avait réussi à soulever le public dans la sacro-sainte enceinte de la Maison symphonique. Ce qui m’amène à me demander : quelle est leur recette? C’est que rien n’est laissé au hasard. On assiste à bien plus qu’à un « band » de vieux chums.
Chaque chanson a sa mise en scène, réglée au quart de tour. Chaque membre du groupe a droit à sa lumière, à son moment à lui, ce qui, vraisemblablement, les stimule au plus haut point. Jean-François Breau ira même jusqu’à remplacer Jonathan Painchaud à la batterie pour lui laisser son moment au milieu de la scène.

Ils excellent dans tout ce qu’ils font, particulièrement George Belliveau, un virtuose du violon folklorique, qui n’est pas le plus mince des cinq pour rien. L’énergie qu’il déploie en jouant de ses violons inspirerait n’importe quelle campagne de produits amaigrissants. Cela dit, les autres aussi se démènent pour notre plus grand plaisir et excellent à leurs instruments respectifs, que ce soit l’harmonica, la basse, la guitare ou la batterie.
Ils ont aussi peaufiné de petites chorégraphies et des taquineries pour chaque chanson, sans compter les nombreuses interactions avec le public. Les spectateurs se sont levés pour danser avec eux dès la cinquième chanson, et ça ne s’est pas arrêté jusqu’à la fin.
Les présentations aux forts accents acadiens qui précédaient certains succès ou nouveautés nous ont souvent fait rire ou sourire. Les musiciens ont d’ailleurs demandé à tout le monde de se lever pour une danse en ligne : trois p’tits pas à droite et trois p’tits pas à gauche. Le résultat devait être hilarant vu de la scène.
Bien sûr, ils ont fait chanter les 800 spectateurs avec « Les haricots sont pas salés » ou « Y a rien qu’un bout d’tape arrange pas ». Les cinq musiciens font preuve d’une complicité extraordinaire, et ça se rend jusqu’à nous.
Dans cette mise en scène, il faut aussi saluer la scénographie, avec ses microphones « vintage » des années 1930, ainsi que le son et les superbes éclairages, qui ont grandement contribué à créer des moments uniques.
Alors, pourquoi Salebarbes est-il aussi populaire? Pour le « party », le bonheur d’être en vie et les bienfaits qu’il procure. C’est un feu roulant de pièces rythmées et festives qui nous font bondir de notre siège comme des ressorts. On voudrait tous ramener un petit Salebarbes chez nous pour nos futurs « partys ».
Les membres de Salebarbes : Éloi et Jonathan Painchaud, Kevin McIntyre, Georges Belliveau et Jean-François Breau
Photos : Roger Bourassa
Toutes les dates de Salebarbes ici.


























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)



















