La mise en scène de l’Américain Peter Sellars du chef-d’œuvre de la Renaissance Lagrime di San Pietro (Les larmes de saint Pierre) a attiré une foule nombreuse, ce jeudi soir, à la Maison symphonique. 21 chanteurs de la Los Angeles Master Chorale ont traduit en gestes et avec l’expression de leurs visages les tourments exprimés dans la toute dernière oeuvre de Roland de Lassus. Ce concert de musique sacrée a été longuement ovationné par des spectateurs qui l’avaient sans doute choisi à cause de la mise en scène.
L’origine d’un chef-d’oeuvre
Quelques semaines avant de mourir à Munich, en 1594, Orlando di Lasso, aussi appelé Roland de Lassus, achevait son œuvre ultime, Le Lagrime di San Pietro. C’est un ensemble de 21 pièces, soit 20 madrigaux spirituels sur des textes du poète italien Luigi Tansillo (1510-1568) et d’un motet conclusif en latin. Le tout est chanté a cappella et décrit le chagrin de saint Pierre, après qu’il eut désavoué Jésus, lors de son arrestation qui a conduit à sa crucifixion. On s’entend aussi pour dire qu’il s’agit là du testament mélancolique du compositeur.
Émotions traduites en gestes
Les chanteurs s’amènent sur scène les pieds nus et sobrement vêtus de tenues où le gris prédomine. Durant la première partie du spectacle, leurs déplacements parfois bruyants surprennent. Mais, l’agencement des voix demeure d’une grande beauté, même si tous bougent presque continuellement, en gardant un oeil sur le chef.
Pour imager la tristesse, on tombe par terre; lors de passages plus joyeux, on lève les bras. On va même jusqu’à représenter les raideurs des corps vieillissants, au moment où saint Pierre reproche à la vie de ne pas le quitter, alors qu’il ne la désire plus.
Et que dire de l’ardeur de ces chanteurs qui ont appris cette immense partition par coeur ! Leur travail d’écoute est remarquable, puisque les différents types de voix sont souvent mélangés, lors des multiples déplacements. Les voix de basse, notamment, constituent un coussin de velours ! Et chapeau au chef Grant Gershon qui s’exécute en étant lui aussi en mouvement.
Une oeuvre inépuisable
Cela dit, les spectateurs présents à la Maison symphonique peuvent aussi approfondir leur écoute de ces madrigaux denses aux multiples subtilités. Plusieurs enregistrements de Lagrime di San Pietro sont disponibles, dont celui du Studio de musique ancienne de Montréal, dirigé par Christopher Jackson (ATMA).
Bien sûr, cette grande oeuvre peut se passer de support visuel pour nombre de mélomanes mais, il est clair que la mise en scène de Sellars séduit de nouveaux publics. La Los Angeles Master Chorale qui parcourt la planète avec Lagrime di San Pietro aurait-elle suscité autant d’intérêt sans l’élément mise en scène ? Durant cette heure et demie de splendeur vocale et d’audace gestuelle intense, on est ému… parfois aux larmes !
Lagrime di San Pietro
Musique de Roland de Lassus
Mise en scène : Peter Sellars
Los Angeles Master Chorale
Chef : Grant Gershon
Maison symphonique, 30 janvier 2020
Crédit photo : Mikaël Theimer




























































