Et si l’intelligence artificielle remplaçait notre psy et devenait, même, notre meilleure amie? Et si, pour rompre avec la linéarité du quotidien, on changeait carrément de trajectoire et on déléguait aveuglément à l’IA toute charge décisionnelle? Après tout, elle sait ce qui est le mieux pour nous, n’est-ce pas? Voilà quelques-uns des thèmes, très actuels, abordés avec humour et légèreté, mais non sans lucidité, dans la pièce Changer de vie, présentée jusqu’au 7 mars au Théâtre La Licorne, à Montréal.
Le bonheur à l’ère de l’algorithme
L’histoire est d’abord celle de Nathalie et Christian (Isabelle Brouillette et Steve Laplante), un couple aisé vivant dans une maison cossue. Aux petites heures du matin, Jasmine (Marilyn Castonguay), une simple connaissance, sonne à leur porte après avoir lu une publication Facebook de Nathalie mentionnant : « Chez moi, la porte est toujours ouverte, le café est toujours prêt… » Mais Nathalie s’attendait-elle vraiment à ce que quelqu’un la prenne au mot et débarque ainsi à l’improviste?
Cette rencontre marquera le point de départ d’une nouvelle amitié, qui sera suivie d’une initiation à ChatGPT et d’expériences inédites… Les personnages tenteront alors de redéfinir leur bonheur à travers la nouveauté, un changement de parcours, en confiant leur destin à l’intelligence artificielle. Ils aspireront à une nouvelle vie pour être plus heureux, mais sans savoir vraiment comment s’y prendre.

Minimalisme et efficacité
Sur scène, rien n’est superflu. Le décor se limite à l’essentiel : un divan, une table de salon, un fauteuil, une lampe. Dans cet espace épuré, les scènes courtes et les dialogues ciselés de Catherine Léger s’enchaînent à un rythme rapide. Parallèlement, l’approche sobre mais efficace du metteur en scène Philippe Lambert, également directeur artistique de La Licorne, met en valeur le texte. Chaque élément semble avoir été pensé pour servir l’efficacité du récit sans l’encombrer.
Le retour attendu d’Isabelle Brouillette, bien entourée
Steve Laplante est parfaitement juste dans son rôle de cinéaste raté entretenu par son épouse. De son côté, Marilyn Castonguay nous captive en insufflant une vulnérabilité singulière à Jasmine, une jeune femme de milieu modeste. Quant à Hubert Proulx, qui prête ses traits au barman Marco, il se révèle aussi charismatique qu’irrésistiblement drôle.
Et dans le rôle de Nathalie, Isabelle Brouillette nous fait littéralement sourire. Qu’il fait bon de la revoir enfin, clairement dans son élément, après sa longue convalescence suite à un cancer. D’ailleurs, l’actrice apparaît en grande forme : on ne la sent aucunement diminuée par la maladie dont elle se relève avec une résilience et une force peu communes. On ne peut qu’espérer la revoir encore et encore sur scène!

Un miroir de notre société
La pièce Changer de vie suscite la réflexion sans verser dans le drame ou la complexité. Le ton demeure léger, humoristique et même absurde, avec les suggestions insensées proposées par « Chat », qui devient presque un personnage. Mais il n’en demeure pas moins que ce spectacle parle définitivement d’enjeux actuels. Il dépeint un monde individualiste dans lequel les réseaux sociaux ne génèrent que des relations superficielles, où on ne se sent exister que par le nombre de « j’aime » et le regard de l’autre, où la réelle communication entre les individus est souvent défaillante et où l’IA prend une place prépondérante dans une société de performance.
Et force est d’admettre qu’on s’amuse à se reconnaître à travers les personnages de la pièce Changer de vie, malgré l’absurdité des situations, à travers leur quête de sens et leur poursuite du bonheur.




































































