La comédie musicale «Annie»: un spectacle magique

Dès les premières minutes de la comédie musicale «Annie», on aurait le goût de dire comme la petite fille aux cheveux bouclés roux: Oh boy! Un superbe spectacle de haut calibre s’installe au Théâtre St-Denis jusqu’à la fin du mois de juillet, aussi bon qu’à Broadway. Chapeau aux créateurs et surtout aux interprètes qui y donnent leur 110% du début à la fin. Achetez vos billets, car ça va s’envoler vite.

«Annie» est créée à Broadway en 1977 et fut un énorme succès planétaire. Annie est une orpheline de 10 ans à New York en 1933, maltraitée par la responsable de l’orphelinat, Miss Hannigan, et qui est choisie pour passer Noël avec un riche milliardaire (Warbucks) et sa secrétaire (Grace). Miss Hannigan manigancera avec son frère Rooster pour essayer de tirer profit de la situation, faisant croire à Annie qu’elle a retrouvé ses parents. Warbucks tombe sous le charme de Annie et il l’adopte.

Je suis habituellement critique de ce type de spectacle, mais je ne m’attendais sûrement pas à la qualité qui nous est présentée à Montréal. Ayant vu l’original à Londres (1978) et une reprise à Broadway, je peux comparer et cette nouvelle mouture est une superbe adaptation qui n’a rien à envier aux autres.

Serge Denoncourt, dans son adaptation et mise en scène, a su trouver le ton juste tout en respectant les règles élémentaires de la comédie musicale. Une attention aux détails en fait un spectacle exceptionnel. L’adaptation du texte et des chansons (avec Manuel Tadros) en québécois ne porte pas atteinte à l’oeuvre. Au contraire, elle sert très bien une mise à jour agréable à entendre. Son idée de débuter l’histoire comme si on était dans un film est géniale.

Les interprètes y sont aussi pour quelque chose, autant pour leurs jeux que par leurs chants. Ils sont énergiques, autant les adultes que la douzaine d’enfants. J’oubliais le chien Sandy, qu’on ne voit pas assez souvent et qu’on aimerait ramener à la maison après le spectacle.

Kayla Tucker dans le rôle de Annie est tout simplement sublime. Elle EST Annie. Une voix juste d’enfant, avec assez de puissance pour nous donner des frissons dans le dos plusieurs fois. Ange-Élie Ménard joue aussi le rôle de Annie en alternance pour ne pas s’épuiser, une méthode souvent utilisée avec des enfants dans une spectacle de ce genre.

Les rôles d’adultes principaux sont tous aussi excellents. Geneviève Alarie (Miss Hannigan) est juste assez méchante sans faire peur, et elle chante avec un timbre de voix qui caractérise bien son personnage. Warbucks est habituellement joué par un acteur au lieu d’un bon chanteur, mais dans cette production on a réuni le meilleur des deux avec David Savard. On croit en son Warbucks qui devient émotif à la fin, et il chante merveilleusement bien. Véronique Claveau (Grace) complète le trio en donnant une performance irréprochable au point où je ne l’ai pas reconnu parce que je ne voyais que son personnage. Sa voix douce avec des pointes de puissance dans les aigus est parfaite pour les chansons de Grace.

Les douze jeunes filles qui habitent l’orphelinat avec Annie sont toutes aussi excellentes. Pour des enfants, elles m’ont émerveillées, de la plus jeune (Molly) à la plus vieille. Elles chantent et dansent avec fougue et énergie. À elles seules, ça vaut le déplacement.

Quelques petits rôles se démarquent aussi, comme Kevin Houle (Rooster) et Émily Bégin (Lily), et particulièrement Éloi Archambaudoin dans un rôle comique qui se fait remarquer à chaque présence. Les danseurs portent quelques petits rôles, mais ce sont surtout de bons danseurs et non des acteurs.

Chaque numéro musical est bien pensé. Que ce soit un classique comme «C’est une vie d’enfer» ou dans ceux moins connu mais grandiose comme «NYC», difficile à créer avec ce voyage à pied à travers la ville. Des projections graphiques à l’arrière de la scène permettent ce genre d’extravagance.

Pour avoir des voix aussi bien placées et des numéros chantés aussi parfaits, il y a un travail en amont que j’ai reconnu de la coach vocale Katee Julien. Elle a su montrer aux enfants comment chanter en puissance sans se fatiguer, et a bien placé les voix des adultes.

Avec seulement deux grands modules sur scène, ils arrivent à créer les décors de chaque endroit. Les changements de décor sont fluides et sans aucune perte de temps. C’est très bien pensé et visuellement beau.

Les chorégraphies sont simples pour la plupart à cause des enfants, mais elles sont efficaces et ajoutent beaucoup à tout ce visuel. J’aurais aimé un peu plus de claquette comme dans l’original.

L’idée d’avoir un pianiste sur scène et de l’intégrer à l’histoire est géniale. On comprend que c’est pour palier au fait qu’on utilise des trames musicales qui, même si elles sont très bien faites, ne donnent pas le réalisme de vrais musiciens. J’avoue ne pas avoir été trop dérangé par ce fait, principalement parce que Lorenzo Somma fait un travail du tonnerre pour rendre plus humain toute la musique du spectacle.

Mis à part ce dernier bémol, tout le spectacle est une réussite totale et entière, grâce aux artistes qui l’ont créé et à son interprétation. Je recommande «Annie» très fortement, c’est un spectacle à ne pas manquer, le meilleur que j’ai vu à Montréal depuis 10 ans. Les billets sont chers, mais ils en valent chaque dollar quand on a une qualité aussi bonne qu’à Broadway.

Les bons coups: interprètes (jeux et voix), mise en scène, numéros musicaux, décors, bien rythmé, comédie musicale connue
Les moins bons coups: trames sonores

Équipe de création
Livret: Thomas Meehan
Musique: Charles Strouse
Paroles: Martin Charnin
Traduction: Serge Denoncourt et Manuel Tadros
Mise en scène: Serge Denoncourt
Direction musicale: Lorenzo Somma
Chorégraphies: Wynn Holmes
Coaching vocal: Katee Julien
Décors: Guillaume Lord
Costumes: Pierre-Guy Lapointe
Éclairages: Julie Basse
Projections vidéos: Silent Partners Studio
Accessoires: Julie Measroch
Maquillages et coiffures: Amélie Bruneau-Longpré

Distribution
Kayla Tucker (Annie en alternance), Ange-Élie Ménard (Annie en alternance), David Savard (Warbucks), Véronique Claveau (Grace), Geneviève Alarie (Miss Hannigan), Kevin Houle (Rooster), Émily Bégin (Lily), Émilie Josset, Éloi Archambaudoin, Joseph Bellerose (Roosevelt), Katee Julien, Nico Archambault, Éric Olivier, Marco Edward, José Flores, Cyndie Forget-Gravel, Krystel-Mary Assaf, Janelle Hacault, Geneviève Gagné, Élianne Sauvé, Juliette Aubin, Arielle Lalonde, Florence Lortie, Anaïs Couture, Olivia Leclair, Alba Santos-Deschamps, Simone Bilodeau, Maella-Rose Martel, Alice Déry, Raphaëlle Morissette, Lorenzo Somma (pianiste) et Chloé (chien Sandy).

Théâtre St-Denis 1
Présenté en français du 22 juin au 31 juillet 2022 à 19h30 ou 14h.
Billets en vente (62$ à 142$/réduction de 40% pour 12 ans et moins) au https://www.hahaha.com/fr/spectacles/annie
Forfaits famille disponibles.

Durée: 2h40 avec entracte de 20 minutes inclus.

À Québec (Salle Albert-Rousseau) à partir du 12 août 2022.

Photos: Laurence Labat

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