«Nostalgie 2175» : une fiction inquiétante

Le Théâtre à corps perdus, «né du désir d’évoquer ce dont on n’ose parler», nous convie à un voyage inquiétant avec Nostalgie 2175. Dans cette fiction théâtrale où la température avoisine les 60°C , une femme s’apprête à donner naissance mais, le père de l’enfant n’est pas l’homme qu’elle aime. Cette histoire d’amour-haine de l’Allemande Anja Hilling soulève des questions sur le sens de donner la vie dans un monde qui semble voué à la disparition.

Le spectacle repose principalement sur la comédienne Emilie Dionne, crédible en Pagona, qui est elle-même étonnée de se retrouver enceinte. Il faut dire que dans cette fable futuriste, il est devenu exceptionnel de pouvoir enfanter, à la suite d’un rapport sexuel.

Elle est amoureuse de Taschko (Miro Lacasse) qui l’aime aussi sans toutefois être capable de la toucher, lui qui est resté traumatisé d’avoir été violé. Le père de l’enfant est le patron de Taschko, le riche homme d’affaires Posch, incarné avec aplomb par Pascal Contamine. Les deux hommes sont au courant de cette situation délicate et Taschko, talentueux peintre de murales, demeure à l’emploi du manipulateur Posch.

Ce complexe triangle amoureux se déroule dans une atmosphère lourde : le dérèglement climatique est tel que les êtres humains ne peuvent plus sortir à l’extérieur sans vêtements de protection. Devant l’avenir incertain, Pagona se confie à son enfant à naître, à l’aide d’un petit magnétophone. Elle veut que sa fille considère malgré tout Taschko comme étant son père.

Le texte, parsemé d’expressions québécoises douteuses, est à la fois dense et répétitif. Il nous plonge dans une dystopie sans doute vraisemblable mais, ce récit d’une société imaginaire aussi sombre finit par lasser. On en saisit l’essentiel dès la première heure et le spectacle s’étire pourtant durant près de deux heures et demie.

Heureusement, on a eu l’idée de fournir un casque d’écoute à chaque spectateur, ce qui est très utile car il y a de l’écho dans la magnifique chapelle des Hospitalières, adjacente à l’ancien hôpital Hôtel-Dieu de Montréal.

Cela dit, la metteure en scène Geneviève L. Blais a su utiliser ce lieu splendide, désacralisé depuis 2019. Le public est appelé à se déplacer à quelques reprises, ce qui rappelle les processions d’antan, tout en permettant d’admirer les divers angles de cette architecture majestueuse d’une autre époque. Des musiques enveloppantes et jouées en direct par Symon Henry, multi-instrumentiste, accompagnent de belle façon ce long voyage intense.

 

Nostalgie 2175

Texte : Anja Hilling / Traduction de l’allemand : Silvia Berutti-Ronelt et Jean-Claude Berutti

Interprétation : Emilie Dionne, Miro Lacasse, Pascal Contamine

Musique : Symon Henry

Production du Théâtre À corps perdus

Spectacle présenté à l’ancienne chapelle des Hospitalières (251 av. des Pins Ouest, Montréal), jusqu’au 2 octobre 2022.

Billets

À noter que l’avenue des Pins est fermée entre le boulevard Saint-Laurent et l’avenue du Parc et que le stationnement est très difficile dans ce secteur de Montréal. On suggère de s’y rendre par autobus (Ligne 80, avenue du Parc)

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