C’est vraiment frustrant…disaient plusieurs critiques de cinéma ces jours-ci pour exprimer en peu de mots le déplorable manque de communication ou d’entente entre les festivals de cinéma montréalais qui – en l’espace de cinq semaines et demi d’automne – se piétinent tous dessus les uns les autres.
En effet, en facteur de temps ou de durée de leur programmation, Cinémania commençait déjà que le FNC n’était pas achevé, ensuite le RIDM commençait aussi au milieu d’une programmation de festival, puis Image et Nation commençait de même au milieu du RIDM… Depuis la mise au rancart d’Ex-Centris, on a réglé par leur proximité la problématique des salles éparses à parcourir pour sauter à temps d’une place à une autre entre deux festivals concurrents desquels il faille rendre compte.
Du point de vue de la critique en tout cas, ce sera un casse-tête de chaque instant que de tenter de bien voir ce qui se produit de vraiment valable en chacun si les festivals s’entre-coupent ou empiètent sur le mandat avéré des uns ou des autres. Mais le pire ce sont les chevauchements temporaux et spaciaux.
En occupant des plages mensuelles différentes durant l’année, ça rendrait l’exercice plus facile aux chroniqueurs et critiques culturels voulant faire le point sur la production de l’heure dans tous les secteurs de l’activité cinématographique. Par ailleurs, tout ne se valant évidemment pas, nous passons forcément sous silence la sélection ou non d’oeuvres plus que secondaires parmi d’autres fort discutables, quoique l’épreuve de débusquer les trésors devient épuisante certains jours quand la moisson attendue est plus que mince voire rachitique.
Sous nos yeux, certains jeunes cinéastes jadis prometteurs perdent la main (à noter l’inquiétant dernier Xavier Dolan, Mathias et Maxime n’encombrant aucun de ces festivals sus-mentionnés), mais d’autres cinéastes n’ont manifestement aucune idée de ce que signifie savoir raconter une histoire, par images… Souvent s’affichent librement comme documentaires cinématographiques des productions qui n’en sont carrément pas du tout ou en constituent une parodie. Enfin et surtout, à ces festivals de Montréal, l’infinie liste des films sous-titrés sommairement qu’en anglais SEULEMENT quand la langue originelle exprime évidemment bien davantage est atterrante.
Pire: les directions de tous ces festivals baissent les bras en ce qui a trait au sous-titrage en français. Cette habitude prise depuis longtemps par le festival Image et Nation (cause de beaucoup de mécontentement chez les LGBT+ francophones qui ont, depuis dix ans, pathétiquement déserté ce festival) a gagné quasiment tous les autres festivals y compris, hélas, le FNC et ça c’est regrettable. Par une perversion ou une fatalité de mandat, un passage de film dit français ou francophone, dialogué en anglais (Juliette Binoche et Hawkes en plus!) à Cinémania, n’est pas traduit en sous-titrage français, car le festival de ces films francophones a la juste courtoisie de tout traduire du français vers l’anglais, mais la courtoisie subite de devoir justement traduire en français un passage prolongé subitement qu’en anglais -uniquement- ne trouve aucune courtoisie de traduction en français pour les francophones.
C’est une façon de dénigrer les exigences québécoises de traduction en français qui n’ose pas dire son nom: mépris colonial nouvelle version. Le résultat demeure que la zone de confort est entière pour l’anglophone pour qui on se fend en quatre et l’incomfort entier pour le francophone dont les impôts défraient ces festivals… Peu à peu, l’assimilation des jobards vers le Speak White. On prend pour acquis que chacun parle anglais, point à la ligne.
Et, en utilisant les fonds public du gouvernement du Québec, on nous enfonce le fait dans la gorge. Beau partage des responsabilités de la gouvernance sociale et joli poignard dans le dos. On dira le Québécois raciste après ça, c’est tellement plus simple. Je crois qu’il est temps de relire Portrait du colonisé précédé du Portrait du colonisateur d’Albert Memmi (Gallimard, NRF, Paris, 1957, 165 pages)




























































