i/O : Voulez-vous vivre éternellement ?

La technologie est-elle en voie de permettre la création d’humains presque parfaits, voire immortels ? Va-t-on pouvoir programmer la génétique en ce sens ? Les résultats des recherches que l’autrice Dominique Leclerc a effectuées ne vous laisseront sans doute pas indifférent. Que se cache-t-il sous le titre de sa pièce i/O (Input/Output en anglais, E/O  entrée/sortie en français) ? Tout en explorant avec humour les ambitions scientifiques d’immortalité, l’artiste nous rappelle qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, comme en témoigne le récent décès de son père.

Dominique Leclerc dans la pièce i/O
Crédit photo : Valérie Remise

Filmée durant la représentation par le vidéaste Jérémie Battaglia, la comédienne joue à préparer une capsule d’archives pour les humains du futur. Elle leur explique sa vie d’aujourd’hui, en les invitant à se trouver un décodeur pour comprendre la langue québécoise. Avec l’assistance silencieuse de son partenaire de création Patrice Charbonneau-Brunelle, elle expose des objets obsolètes qui ont compté pour elle dont une poupée qui parle.

Elle a aussi retrouvé la clé de son petit journal intime fermé à l’aide d’un cadenas depuis 30 ans. La quadragénaire explique qu’à l’époque de sa jeunesse, bien des humains tenaient à la confidentialité de leurs états d’âme, ce qui contraste avec les médias sociaux où ce que l’on écrit peut devenir accessible à tous.

Mais, l’évolution technologique en ce début du XX1e siècle ne serait que balbutiements par rapport à ce qui s’en vient. Leclerc est allée aux États-Unis pour tourner des entrevues avec divers intervenants au sujet de procédés qui permettraient de modifier notre corps, notre cerveau, notre génétique. Elle nous en présente des extraits vidéo.

Entre autres, un journaliste se dit convaincu que nous faisons fausse route en ralentissant l’activité humaine pour protéger l’environnement. Selon lui, il faudrait au contraire intensifier le développement économique. De nouvelles sommes seraient ainsi disponibles pour investir dans des technologies qui permettraient, entre autres, d’accéler la reforestation. Idem pour la médecine «regénérative» qui aiderait les humains à rester en santé sans qu’on ait à engloutir des sommes astronomiques pour les soigner.

Bref, notre avenir serait dans le transhumanisme qui a d’ailleurs des antennes dans de nombreux pays dont la France et la Suisse. Il s’agit d’un mouvement intellectuel international prônant l’usage des sciences afin d’améliorer la condition humaine par l’augmentation des capacités physiques et mentales des êtres humains. L’ultime objectif transhumaniste est la suppression du vieillissement et de la mort.

Patrice-Charbonneau Brunelle, Jérémie Battaglia et Dominique Leclerc
Crédit photo : Valérie Remise

Leclerc évoque aussi un gène qui permettrait de ne dormir que cinq heures par nuit tout en restant en parfaite forme. Si cette possibilité est un jour offerte à tous, laissera-t-on les gens continuer de dormir aussi longtemps qu’ils le veulent ? Chaque heure à traîner au lit est une heure de moins à travailler, ce qui réduit d’autant la productivité, ironise-t-elle.

Les derniers mots d’un père peu bavard 

Si la science avance à grand pas, il n’en reste pas moins qu’un certain coronavirus a pratiquement paralysé l’humanité en 2020 et continue de faucher des vies. C’est dans ce contexte que madame Leclerc a perdu son père, un soudeur de Lévis, victime d’un accident de travail, il y a plusieurs années. Elle a pu le visiter à l’hôpital, mais en demeurant masquée. Puis, il y a eu cette terrible impossibilité d’entreprendre son deuil, à cause des mesures de distanciation liées à la COVID-19. Un mois, deux mois, trois mois après le décès : «toujours pas de câlin, pas de chaleur humaine».

Journaliste dans l’âme, elle a questionné et filmé son père quelque temps avant son décès. L’homme souriant dit d’une voix douce : «Soyez heureux et finissez en paix!», puis il demande à sa fille de mettre fin au tournage. Il répète deux fois gentiment mais fermement : «Arrête !» Les humains pourront-ils encore longtemps exercer ainsi leur liberté de s’arrêter ? La science les condamnera-t-ils un jour à être éternellement productifs ?

i/O : un spectacle qui émeut, informe et divertit. À voir !

Dominique Leclerc évoque le métier de soudeur de son père avec les flammèches d’un feu d’artifice
Crédit photo : Valérie Remise

 

i/O 

Texte, mise en scène et interprétation Dominique Leclerc / mise en scène Olivier Kemeid

Partenaire de création, scénographie et interprétation Patrice Charbonneau-Brunelle

Vidéo et interprétation Jérémie Battaglia

Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 4 décembre 2021

Détails et billets : CTDA

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