Cas Public, la compagnie de la chorégraphe Hélène Blackburn, fête ses 30 ans. Et quoi de mieux, que de réaliser une envie depuis longtemps enfouie : créer un spectacle dans lequel la performance musicale et lumineuse prendrait le pouvoir sur nos peurs d’enfants et nos angoisses d’adultes ? Telle est la prémisse de Suites Ténébreuses, qui conjugue effets visuels et engagement physique sur la musique planante du groupe Dear Criminals. Une œuvre soutenue et rythmée qui laisse la place belle à la performance, mais qui s’écarte de l’imaginaire.
Transformer ses peurs en trame merveilleuse. Par la magie de sa vision et des collaborations qu’elle s’est octroyées, Hélène Blackburn a réussi un spectacle visuel de toute beauté.
Lucie Bazzo, dont le travail peut également être admiré en ce moment au TNM avec Knock, possède une intelligence fine quand vient le temps d’utiliser la lumière. Dans une pénombre quasi absolue, ses combinaisons largement blanches ou subtilement colorées, découpent la gestuelle des danseuses et danseurs dans un ballet hypnotique. On y voit ici une opposition entre le monde enfantin, coloré, mais discret, et ses craintes, avec l’omniprésence blanche. D’ailleurs, dans les premières minutes, des objets personnifiant des animaux – vivement lumineux – sont emprisonnés dans un sac noir. Apprivoiser la noirceur et la conjuguer avec nos appréhensions prendra 45 minutes. Un temps durant lequel, la lumière blanche sera tour à tour découverte, jugée, acceptée et célébrée.
Si les jeux de lumière instaurent une ambiance mesurée, le « monstre » est clairement représenté grâce à des projections de la graphiste Marjolaine Leray, qui avait déjà collaboré avec la chorégraphe. De nouveau, les bibittes plutôt colorées évoluent sur une trame blanche. Une histoire sans paroles à la fin heureuse, orientée pour le jeune public, comme le souhaite cette production.
Le ton est donné par la musique de Dear Criminals, mais le rythme est imposé par la danse. Une opposition claire et voulue, entre les notes douces, l’ambiance fantomatique et les voix retenues de Frannie Holder et Charles Lavoie au chant, et la chorégraphie, langage des signes rapides, gestes nets, secs, répétés. Cris, grognements, baisers ponctuent la performance dansée, comme si les « monstres » voulaient reprendre une place dont on les chassait. Plusieurs passages sont particulièrement impressionnants, notamment les combinaisons au sol et la précision métronomique des danseuses et danseurs qui se déplacent dans le noir. Parmi ces artistes, plusieurs styles se distinguent : classique, moderne, contemporain. Un hétéroclisme charmant, qui crée cependant un contraste trop distrayant dans les mouvements de groupe.
Qu’en est-il alors du propos ? Vient-on à bout de nos peurs ? La scénographie est indéniablement le point fort de l’ensemble, à un point tel que l’on perd de vue, ce qu’elle devait illustrer… ou combattre. Malgré le temps relativement court de la performance, une certaine lassitude s’installe : la danse est effrénée, la musique, lancinante, et aucune nuance n’est apportée pour déconstruire la mise en place du début et répondre au fameux propos. Certains passages sont même totalement décalés, notamment les passages show-off sur les échasses, ou encore la fin, qui s’articule sur une pop trop sucrée pour être légitime. Un changement de rythme espéré, mais hors sujet, qui fait intervenir les fameuses respirations propres au genre contemporain, mais dont les effets sont usés.
Une création à deux niveaux donc, qui trouve sa raison d’être dans la performance, plus que dans l’histoire.
Crédit photo : Cas Public
Suites ténébreuses est une coproduction de Cas Public en coproduction avec l’Agora de la danse de Montréal et Lucie Bazzo. La compagnie occupe une place privilégiée sur la scène internationale en créant des œuvres pour les adultes et les enfants.
Dear Criminals se produira sur la scène du Gesù, du 9 au 11 octobre.





























































