L’OM et Yannick Nézet-Séguin : retrouvailles au pied du mont Royal

Une foule imposante s’est massée au pied du mont Royal, ce mardi soir, pour écouter l’Orchestre métropolitain dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Après plus de deux ans de pandémie, l’OM retrouvait son public en ce lieu emblématique de Montréal. Un peu comme lors d’une de séance de gym, le chef s’est amené sur scène vêtu d’un short et d’un polo noirs et d’espadrilles blanches et roses. On savait que la Symphonie no 5 de Beethoven était le plat de résistance de la soirée, mais on ignorait qu’au rappel, une pièce disco électriserait des milliers de spectateurs en liesse !

Dans les deux langues

Yannick Nézet-Séguin et Pénélope McQuade, 2 août 2022
Crédit : Sylvain Légaré

D’entrée de jeu, l’animatrice de la soirée, Pénélope McQuade a tenu à s’adresser au public dans les deux langues officielles.  Alors qu’on peine à se faire servir en français à Montréal, madame McQuade, elle, insiste sur l’ouverture à la langue de Shakespeare. «Hi ! Montreal ! Are you there Montreal ?» La vedette radio-canadienne semble toutefois moins soucieuse de s’assurer de la qualité de son français en utilisant, entre autres, l’expression «une bonne main d’applaudissement» laquelle est, comme on le sait, calquée sur l’anglais «to give a (good, bighand (of applause).» On s’attend tout de même à un peu plus de rigueur de la part d’une vétéran qui se présente comme une spécialiste de la culture.

 

Une ouverture enlevante !

L’OM au pied du mont Royal
Crédit : Sylvain Légaré

Une ambiance de fête s’installe avec la première pièce de la soirée teintée de rigodons. Vous ne vous attendiez sans doute pas à ce qu’on commence le concert en jouant de la cuillère, blague Nézet-Séguin, après avoir interprété un extrait de «Ville cosmopolite» de Airat Ichmouratov. C’est «une ouverture à l’image de Montréal : vivante, variée, surprenante, joyeuse, pleine d’espoir.» Il aurait été intéressant d’ajouter que ce réputé compositeur russo-canadien est aussi le clarinettiste du groupe klezmer montréalais Kleztory qui a son public et qui roule sa bosse depuis plus de vingt ans.

Prêchi-prêcha à la mode

Au moment de présenter des extraits d’une symphonie de la Française Louise Farrenc (1804-1875), maestro Nézet-Séguin fait valoir que cette artiste, tout comme les compositrices en général, n’a pas reçu l’attention qu’elle méritait. «Mais, elle a forcé son mari à la supporter (en éditant ses partitions)… That’s the way to do!», conclut-il.

Ainsi, Yannick fait la morale, mais il ne nous dit rien de ce qu’est censé exprimer la Symphonie no 3 de madame Farrenc. Il ne nous dit pas non plus pourquoi il n’a retenu que les 3e et 4e mouvements de l’oeuvre. «Je pourrais vous dire que ça ressemble à Beethoven… vous allez voir, c’est formidable!» Ces bonnes paroles n’ont pas empêché de très nombreux spectateurs de bavarder durant la vingtaine de minutes de ce segment du concert.

Puis, on passe à une pièce de la compositrice autochtone Barbara Assiginaak :  Eko-Bmijwang (Là où la rivière coule). «Elle a le génie de prendre la nature qui nous entoure… celle du Québec, du Canada et de lui donner un sens en se servant des sons de l’orchestre…» Et voilà Yannick qui s’enflamme en parlant de «Our First Nations… they suffered so much… we can learn so much from them.» N’en déplaise au chef, cette pièce n’aura été applaudie que poliment.

Bien que tout ce prêchi-prêcha soit très à la mode, a-t-il sa place dans un concert où des milliers de personnes sont arrivées des heures à l’avance pour écouter de la musique et essentiellement celle de Beethoven ?

La «Symphonie du Destin»

L’OM au pied du mont Royal
Crédit : Sylvain Légaré

Évidemment, la Symphonie no 5 de Beethoven aura été le temps fort de ce concert d’environ 90 minutes. Brillant musicien, Nézet-Séguin est habité par cette grande musique. Il vient d’ailleurs d’enregistrer les Neuf Symphonies de Beethoven chez Deutsche Grammophon, marchant ainsi sur les traces de géants tels Herbert von Karajan, Karl Böhm, etc.

Trois notes brèves et une longue… tout le monde connaît au moins le début de la «Symphonie du Destin», l’une des partitions les plus célèbres de la musique occidentale. Le public attendait donc ce moment. L’OM qui a joué le même programme dans les parcs à quelques reprises, cet été, était d’attaque ! Les tempos ? Très (trop?) rapides !

Quant à la sono, elle était peut-être un peu trop forte, surtout dans les moments dominés par les cuivres. Puis, il y avait le vent qui soufflait dans les micros ! Pour ce qui est de la transmission vidéo, elle a été truffée de mouvements brusques et inopinés des caméras. Malgré tout, au bout du compte, quelle musique cette 5e ! Quelle intensité !

Le maestro avait d’ailleurs souligné dans sa présentation que, même si elle a été composée il y a plus de deux-cents ans, l’oeuvre demeure d’une grande pertinence pour les humains d’aujourd’hui. «C’est de la musique de tempête, de colère, de frustration, de découragement, de conquête, de triomphe absolu et d’espoir un peu maniaque ! Vous trouvez pas que ça ressemble aux deux dernières années ?»

Le clou de la soirée ?

Pendant que le public ovationnait les musiciens, Yannick et son orchestre n’avaient pas dit leur dernier mot. À la surprise générale, ils ont joué une version disco du premier mouvement de la Symphonie no 5 de Beethoven. A Fifth of Beethoven, véritable tube de l’Américain Walter Murphy, dans les années 1970, a enflammé la foule !

L’OM au pied du mont Royal
Crédit : Sylvain LégaréL’OM au pied du mont Royal était présenté ce mardi, 2 août, à compter de 20h.

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