Après avoir plongé une première fois dans l’autofiction, avec Oasis, dans lequel elle aborde les enjeux de la performance, les relations toxiques, et les dessous de son métier d’humoriste et scénariste, pour son neuvième roman et deuxième autofiction, Femme pantin, Marie-Christine Chartier revisite cette fois son passé de jeune athlète de haut niveau en tennis et ses années aux États-Unis pour ses études et sa première relation amoureuse avec un homme américain conservateur et contrôlant. Avec Femme pantin, on découvre la jeune fille derrière l’autrice, avec ses blessures, ses traumas et ses moments moins glorieux. C’est une autofiction hallucinante, coup poing et assurément mon coup de cœur de l’automne.
Résumé : Au milieu de cette cacophonie, je réalise une chose merveilleuse : ces personnes-là ne me connaissent pas. Outre mon âge et le fait que je parle une autre langue, elles ne savent rien de moi. À leurs yeux, je ne suis pas cette athlète trop intense au point d’être antipathique, je ne suis pas cette première de classe trop obsédée par ses notes, je ne suis pas cette fille qu’aucun gars n’a jamais embrassée. Je ne suis plus obligée d’être celle que j’ai dû construire depuis toutes ces années. Je suis une page blanche, un tableau prêt à être rempli. Je ne suis personne encore. À l’orée des années 2010, une jeune étoile montante du tennis quitte le Québec pour les États-Unis afin d’entamer ses études universitaires et poursuivre sa carrière sportive. Coincée depuis son enfance dans une mentalité ultrarigide de performance à tout prix, Marie-Christine y voit l’occasion de se réinventer. Sauf que son nouvel entourage instille chez elle les valeurs d’une culture conservatrice qui contrôle le corps des femmes et étouffe leur voix. Lentement mais sûrement, son rêve américain se transforme en un piège qui se referme sur elle.
Marie-Christine Chartier, je le répète constamment, est parmi mes autrices préférées, et assurément dans mon top 3, depuis la parution de ses 2 autofictions, qui nous font découvrir la femme et la jeune fille derrière l’autrice, qui expose ses failles avec beaucoup de candeur, sans détour et dans toute sa vulnérabilité. Personnellement, je m’identifiais déjà à Marie-Christine, étant moi-même enfant unique et étant personnellement aussi assez axée sur la performance et l’atteinte d’objectifs dans toutes les sphères de ma vie. Mon autre point en commun avec cette autrice, je l’ai découvert dans Femme pantin, alors qu’elle décrit sa vie aux États-Unis. Ayant moi-même de la famille aux États-Unis à profusion, j’ai également été témoin de leur amour pour les armes à feu, leur contradiction dans leur foi à l’Église et leurs comportements au quotidien, et j’ai connu quelques couples où la femme est effacée et obéissante et l’homme en charge et contrôlant. Bien sûr que ce n’est pas la majorité des Américains, mais, on peut facilement en trouver un peu partout, et surtout dans les États du Midwest américain, qui est justement l’endroit où Marie-Christine a vécu.
Le roman est séparé en plusieurs parties distinctes. On apprend à connaître la jeune athlète, dans son patelin à Repentigny. On voit comment sa relation avec ses parents, la rigueur de son père et l’alcoolisme de sa mère, a donné envie à cette jeune fille d’aller voir ailleurs si elle pouvait s’émanciper de ce carcan familial. Puis, on a les 4 années scolaires, où Marie-Christine apprendra à devenir une femme, à se faire des amies et à découvrir la mentalité conservatrice américaine. Finalement, il y a les 2 années passées avec son amoureux Peter, où la Québécoise de souche s’effacera de plus en plus, au profit de la femme soumise américaine, au point de ne plus savoir ce qu’elle veut dans la vie.
On voit tout de suite, avec la photo de Marie-Christine sur la page couverture, sans sourire, sans éclat, terne même, que ce roman est différent des autres, que ce n’est pas un roman «feel-good» nécessairement, même si on connaît le résultat final et qu’elle s’en sort bien maintenant. On sait qu’avec ce livre, on a accès à un pan sombre de son passé et qu’on aura accès à des moments les plus douloureux de sa vie qu’elle déterre et qu’on sera ébranlé. Il est rare que j’ai des frissons en lisant un livre et pourtant, Femme pantin m’a ébranlé et donné la frousse par moments et m’a dressé les poils sur les bras à l’occasion, tellement ce qu’elle nous décrit est troublant. Que ce soit quand elle raconte ses relations intimes pas nécessairement consentantes, ou qu’elle nous parle de sa relation avec sa mère durant son enfance, c’est difficile à lire, mais en même temps, on voit que depuis, sa relation avec sa mère s’est améliorée.
Comme avec tous ses romans, je me délecte de la plume sensible et authentique de l’autrice. Sa capacité à décortiquer ses émotions et ses motivations à grand coup de métaphores qui nous image tellement bien ce qu’elle ressent me plait énormément.
Voici un exemple dans le prologue du livre : « J’ai longtemps pensé que ce récit de jeune femme en exode dans l’Amérique conservatrice n’intéresserait personne… Puis, comme une pulsion, j’ai ressenti le besoin de la raconter. Un élan qui allait repartir aussi vite qu’il est venu. J’ai surfé sur la vague jusqu’à la berge, tout en espérant ne pas me prendre en pleine gueule l’océan de mon passé. »
Lorsque je lis un livre, j’aime bien marquer la page d’un passage qui me touche, ou d’un paragraphe dont j’aime les tournures de phrases, pour y retourner par la suite les relire. Avec ce roman, je crois bien avoir marqué une page sur quatre, tellement tout m’interpellait, tout me touchait. Parmi les passages qui m’ont interpellé, il y a celui-ci qui décrit exactement ce que moi-même, je pense de la religion américaine et que Marie-Christine sait si bien mette en mots. : « La religion dépose un voile de jugement des gens, je sens une hypocrisie dans leur manière de vivre leur foi. Comme si le fait de croire pardonnait automatiquement toutes leurs mauvaises actions. Les personnes les plus croyantes que j’ai rencontrées ici sont aussi celles qui m’ont le plus étonnée par leurs comportements discutables. À mes yeux, aller expier tes péchés à l’église le dimanche ne t’octroie pas une plage banche pour en commettre d’autres pendant la semaine. La foi ce n’est pas du bleach, ça n’efface pas tout. »
Au final, avec Femme pantin, on découvre la jeune fille derrière l’autrice, avec ses blessures, ses traumas et ses moments moins glorieux. C’est une autofiction hallucinante, coup poing et assurément mon coup de cœur de l’automne.
Ancienne athlète de haut niveau en tennis, Marie-Christine Chartier a vécu six ans aux États-Unis à la suite de l’obtention d’une bourse d’études pour étudier à Iowa State University. De retour au Québec, elle entame un doctorat en psychopédagogie à l’Université Laval. Parallèlement à ses études, elle se passionne pour l’écriture. Scénariste et humoriste, elle est également l’autrice chez Hurtubise de neuf romans qui ont tous connu un succès retentissant : L’allégorie des truites arc-en-ciel (2018), Tout comme les tortues (2019), Le sommeil des loutres (2020), La floraison des nénuphars (2021), En plein coeur de Saturne (2022), L’éveil des érables (2023), Le garçon d’encre (2024), Oasis (2025) et Femme pantin (2026), cumulant plus de 150 000 exemplaires vendus au Québec. Marie-Christine a aussi collaboré au collectif Haute saison, paru à l’occasion du cinquième anniversaire de la collection La Ruche à l’été 2026. Entre deux spectacles d’humour, elle passe ses journées à écrire, entourée de ses animaux.
Prix : 24.95$
Nombre de pages : 240 pages
Date de parution : 22 octobre 2026
Éditions Hurtubise : https://editionshurtubise.com/
Voici les liens de mes articles sur ses romans précédents
Oasis : https://lesartsze.com/oasis-une-autofiction-captivante-et-vibrante/
Le garçon d’encre : https://lesartsze.com/le-garcon-dencre-deroutant-et-touchant-une-plume-exceptionnelle/
L’éveil des érables https://lesartsze.com/leveil-des-erables-un-roman-divertissant-sur-les-relations-de-couple-et-laccomplissement-de-soi/
Tout comme les tortues : https://lesartsze.com/tout-comme-les-tortues-coup-de-foudre-litteraire/
En plein cœur de Saturne : https://lesartsze.com/en-plein-coeur-de-saturne-un-roman-bouleversant-dauthenticite-qui-emeut-profondement/
La floraison des Nénuphars : https://lesartsze.com/la-floraison-des-nenuphars-un-roman-touchant-sur-les-hauts-et-les-bas-de-la-vie-de-couple/
Le sommeil des loutres : https://lesartsze.com/le-sommeil-des-loutres-un-roman-tout-en-finesse-et-touchant-a-souhait/

























![Vue de l’œuvre de Chiharu Shiota Accumulation—Searching for the Destination [Accumulation – en quête de la destination] (2014/2026), dans l’exposition Chiharu Shiota : Les frémissements de l’âme au Musée des beaux-arts de Montréal. Collection de l’artiste. © Chiharu Shiota / VG Bild-Kunst, Bonn / CARCC Ottawa 2026. Photo MBAM, Julie Ciot](https://lesartsze.com/wp-content/uploads/2026/09/Shiota_comm-_DSF9895c_JC-MOD-360x180.jpg)





















